Entre la cruz y la hoguera - Manuel Hernandez Gomez

En espagnol. 1992 chez l’auteur Apartado Postal 5-455 à Guadalajara-Jalisco Mexico 45000. Mexique 255 pages, bibliographie. 

Lauteur de ce livre est diplômé en théologie et avocat de profession. Ce n’est que tard dans sa carrière qu’il s’est mis à écrire et il nous offre ici un survol de l’histoire du peuple juif depuis les temps les plus reculés, se penchant particulièrement sur la branche ayant vécu en Espagne.

La partie la plus intéressante pour nous traite de la migration vers le Mexique et la formation sur place de communautés crypto-juives.

On peut discuter de la proportion de convertis parmi les équipages successifs de Colomb, mais le fait n’est nié par personne...ni le fait que la Composición de Sevilla, en 1509 les autorisait formellement à s’installer en Nueva España.

A partir de là, leur sort fut très fluctuant, en fonction de l’intérêt ou/et de la cruauté des inquisiteurs qui sévirent sur place.

L’auteur cite les villes où se reformèrent des communautés juives secrètes, explique qu’au fil du temps seule l’endogamie leur assura une certaine sécurité face à l’Inquisition. Mais celle-ci brûlait vifs déjà en 1528 ceux qui étaient pris (à Santiago Tlatelolco). L’acharné grand inquisiteur Zumárraga disparu, les communautés respirèrent un peu mieux entre 1541 et 1571, sous l’autorité de leurs rabbins clandestins. Il s’ensuivit dès cette dernière période un accroissement des arrivées d’Europe jusqu’en 1625, avec une hispanisation des noms : Carbajal, Rodríguez, Pérez, Gómez, Ortiz, Alonso, Salinas, Navarro, Sevilla (ces deux derniers noms signent l’origine géographique), etc.


Fait curieux, ces nouveaux colons ont attribué leur propre nom - très semblables à ceux des non-juifs - à certains de leurs esclaves préférés. D’où l’énorme difficulté, dans le Mexique actuel, de retrouver ses éventuelles propres ascendances juives, sauf par l’appel à la mémoire familiale de petits faits et habitudes transmis de génération en génération.

L’auteur poursuit son étude - en l’affinant - dans des communautés précises : celle de Los Altos de Jalisco par exemple (une région dont il nous propose une carte, et qui ressemble étrangement au territoire d’Israël), avec la famille Garza où en 1589/90 l’Inquisition condamna 46 personnes brûlées vives le 8 décembre 1596.

Il étudie ensuite plus particulièrement les noms portés dans la bourgade de Tepatitlan et l’origine géographique de leur provenance en Espagne. L’étude est assez troublante et l’auteur conclut : “Qui peut, dans le Mexique d’aujourd’hui, affirmer avec certitude qu’il possède ou non du sang juif ?” (voir les noms les plus portés en pages 222/223).

Non sans une douleur perceptible, l’auteur intitule son dernier chapitre : ¿ Judíos, gentiles, renegados ? - nul besoin de traduire...


Jean Carasso


Il se trouve que nous avons reçu deux livres s’inscrivant dans le droit fil de la thématique développée par la revue ci-dessus, et c’est pourquoi nous les commentons ici.


Preuve supplémentaire que le sujet est d’actualité, lire aussi dans Gerações Brasil (édition de Janvier 1998, en portugais), excellent bulletin de la société généalogique juive du Brésil

Caixa Postal 1025 - Campinas 13001-970 Brésil

l’article de José Gonçalves Salvador, pasteur méthodiste et docteur en Sciences Humaines.

L’auteur nous rappelle que la population juive convertie au Portugal pouvait atteindre, en fin de XVème siècle les 200 000 habitants, le cinquième de la population du pays. Et les descendants de ces cristãos-novos fournirent un contingent si appréciable de peuplement au Brésil, à São-Paulo en particulier que les inquisiteurs, périodiquement entre 1610 et 1625 s’en inquiétèrent vivement auprès des autorités royales. On retrouve encore cette “inquiétude” en 1728 !

L’auteur a retrouvé de nombreuses archives de l’Inquisition traitant de ce sujet. Il cite des noms. Et tout comme l’auteur précédent il se demande ce qu’il en est de la “pureté de sang” des actuels habitants de São-Paulo...

A noter que la population juive de São-Paulo dispose actuellement de seize synagogues, nous dit-on.

Comments