En Italie : Ebrei italiani Chi sono, quanti sono,come vivono - Annie Sacerdoti

En italien. 1997 “Les Juifs en Italie. Qui sont-ils, combien sont-ils, comment vivent-ils ?” Marsilio éditeur, Marittima Fabbricato 205 à 30135 Venise. 88 pages 12x21cm, nombreuses illustrations.


N
ous analysions il y a peu (LS 21 de mars 1997) le livre de Michèle Bitton et Lionel Panafit : “Etre juif en France aujourd’hui”. Et voici que nous parvient son équivalent pour l’Italie.

Dès la première phrase, Annie Sacerdoti - l’auteur de beaux petits livres sur les traces juives dans diverses provinces d’Italie - nous plonge dans le présent.

Combien sont-ils ? Trente-cinq mille, inscrits dans vingt et une communautés - elle cite les villes - un peu plus en réalité. Car la notion d’appartenance est difficile à manier, à cerner.

L’auteur reprend les textes fondateurs juifs, puis elle définit sa terminologie.

Des juifs sont installés à Rome avant l’ère chrétienne et en 70, au moment de la destruction du Temple, leur nombre peut être estimé à 40000, soit 5% de la population. Mais après l’expulsion d’Espagne leur nombre approche de 120000 rien que dans l’Italie du Sud, si l’on y comprend Rome.

C’est là une particularité du judaïsme italien : le recouvrement par des Sépharades de langue espagnole ou portugaise du judaïsme autochtone, italophone lui. Cette disparité linguistique s’est maintenue jusqu’au début du XIXème siècle, les juifs de Rome ne parlant qu’italien et ceux de Livourne, espagnol ou portugais. Ces deux dernières langues sont maintenant perdues en Italie en cette fin de XXème siècle.


De 1870 à 1938 le nombre total de juifs sur le territoire italien évolue de 39000 à 45000. 7389 d’entre eux, vivant sur le territoire et déportés, ne sont pas revenus des camps d’extermination. Par contre, nombre de juifs vivant précédemment dans des pays arabes se sont réfugiés en Italie au milieu du présent siècle.

Puis l’auteur plonge dans le passé, nous explique la bulle du pape de 1555 instituant des contraintes pour les juifs et incitant même à leur persécution. Le ghetto de Venise a déjà été instauré en 1516. Mais les juifs sont déclarés bienvenus à Livourne en 1593.

La situation s’améliorera peu à peu jusqu’au XIXème siècle, après la parenthèse émancipatrice mais éphémère de l’occupation napoléonienne. Le décret du 29 mars 1848 annule toute discrimination parmi les sujets de Sardaigne-Piémont, puis bientôt après, de Toscane. Les autres provinces suivront, quoique l’organisation légale des Communautés soit restée différente ici et là encore pendant un temps. Mais à l’inverse il faut rappeler le “Manifeste de la race” du 14 juillet 1938 !


Annie Sacerdoti constate que la Choah a transformé le judaïsme italien en cours de sécularisation. Ce judaïsme se manifeste plus sous forme de solidarité que de religiosité proprement dite. Puis elle nous décrit la célébration des fêtes religieuses dans le pays, attire l’attention sur la proportion - 35% - de mariages mixtes, qui va s’accroissant avec la désagrégation du tissu proprement juif. Mais elle observe toutefois que la tendance à la diminution des effectifs est contrariée par la proportion de retour au judaïsme des enfants de mère non-juive,1 faisant état de longs et difficiles échanges d’opinions entre divers responsables à un titre ou un autre du judaïsme italien sur ce sujet des mariages mixtes et de la reconnaissance - ou non - des enfants comme juifs. Par ailleurs entre 1945 et 1948 seulement, 21000 juifs originaires d’Italie sont partis vivre en Israël.

L’auteur conclut par quelques informations générales : la population juive est en moyenne plus âgée que la population générale du pays, à cause du déficit des naissances pendant la guerre; les Communautés publient dix périodiques et le niveau culturel parmi elles est élevé.

Jean Carasso


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