Au Portugal : Portugal heute Zwischen Rückkehr und Neuanfang - Michaël Studemund-Halévy


En allemand. 1997 “Le Portugal aujourd’hui. Entre retour et recommencement” texte préalablement traduit en français par Albert Modiano Frankfurt am Main, Vervuert Verlag. 17 pages et considérable bibliographie.

À la page précédente, nous faisions le
point sur le judaïsme italien. L’occasion
nous est offerte ici de procéder de même
avec le judaïsme portugais.

Les auteurs affirment d’entrée : “Le Portugal aujourd’hui est un pays sans juifs”… Ce qu’ayant exprimé, ils nuancent leur affirmation en exposant que le passé juif au Portugal est fort important, l’intérêt pour ce passé s’éveille un peu partout dans le pays… mais que les juifs sur place ne forment que la plus petite communauté d’Europe, avec 400 personnes.

L’Inquisition aura duré de 1536 à 1821 mais un certain nombre de juifs originaires de Gibraltar sont déjà installés avant cette dernière date, ouvertement, comme “sujets anglais”. En 1823, 63 juifs vivent sur le territoire, et 250 environ sur les Açores.

L’embryon de la vie juive est situé à Lisbonne : acquisition d’un cimetière, construction d’une synagogue inaugurée en 1904. Puis viennent Faro, Porto - inauguration de la synagogue en 1927 -, surtout du fait de Barros Basto (voir l’article ci-dessous).


À Belmonte existent deux communautés : l’une de marranes, l’autre d’anciens marranes revenus à l’orthodoxie. La synagogue y fut inaugurée le 5 décembre 1996.

Un certain nombre de noms de famille sont communément considérés comme typiques de juifs convertis (Abrantes, Campos, Carvalho, Cruz, Santo, Enriques, Lopes, Mendes, Nunes, Pereira, Pessoa, Souza etc.)

Le livre de l’ingénieur polonais Samuel Schwarz, paru en 1925 : Os Cristãos novos em Portugal no século XX résume ses recherches commencées en 1917 et ses premiers contacts avec des marranes de Belmonte, Guarda et Covilhà. Il y décrit leurs pratiques restées secrètes et leurs prières, transmises oralement depuis des siècles. Schwarz avait acquis en 1923 déjà, l’ancienne synagogue en ruines de Tomar, qu’il offrit plus tard au gouvernement portugais pour en faire un musée Abraham Zacuto, inauguré en 1939.

Le mouvement de retour au judaïsme atteint son apogée avec Artur Carlos Barros Basto dont la biographie est commentée ci-dessous. Nous n’y revenons pas ici, mais son action fut proprement extraordinaire, sanctionnée par sa condamnation.


Au début du XXème siècle, l’antisémitisme devient un phénomène de société, avec la parution d’un livre à succès de Mário Sáa : A invasão dos judeus qui reste encore la bible des antisémites portugais.

La politique des pouvoirs publics est très contrastée durant la période de la guerre, entre antisémitisme et xénophobie avérés et accueil de fait de nombreux réfugiés. Par exemple, si entre 1937 et 1945, 300 réfugiés d’Allemagne ont été arrêtés par la police, on estime qu’entre 60000 et 100000 réfugiés divers auront été accueillis, généralement en transit, jusqu’à la libération de la France en été 1944.

À la révolution des œillets du 24 avril 1974, quasi la moitié des juifs vivant dans le pays se paniquent et quittent le pays pour le Brésil, le Canada, les États-Unis et Israël. En 1978, la communauté de Lisbonne compte 150 membres, dont une notable proportion d’est-européens.

Dès la fin des années 80, les thèmes juifs intéressent les intellectuels et même l’opinion publique du pays, les colloques se succèdent. Une chaire “Alberto Benveniste” est créée à l’Université de Lisbonne en 1997.


Jean Carasso

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