500 years in the jewish Caribbean - Harry A. Ezratty

En anglais, 1997 Omni Art 2 West Read str. #150, Baltimore MD 21201 USA 110 pages, bibliographie, intéressant tableau récapitulatif chronologique.

Puis dans le même domaine, toujours concernant l’Amérique, ici Centrale, et pour faire le point.

Il s’agit ici d’une étude systématique de l’implantation de juifs dans toutes les îles Caraïbes, que l’auteur n’a cessé de visiter et parcourir une par une depuis trente ans. Il nous livre le fruit de son travail de recherche et mémoire. S’il sous-titre son livre The spanish and portuguese Jews in the West Indies c’est qu’il se revendique lui même fièrement comme Sépharade...

Avant la description site par site des lieux qu’il a visités, l’auteur met en facteur commun, dans une introduction générale, l’histoire de l’exil d’Espagne et le siècle qui s’écoule depuis l’arrivée le 12 octobre 1492 de Luis de Torres, juif appartenant à l’équipage de Colomb, et durant lequel il a fallu rester cryptos à cause de l’Inquisition.

Si les Caraïbes au XVIème siècle dépendent politiquement de nombreux pays européens qui les ont conquises, le fait est que les Espagnols sont prépondérants et l’Inquisition avec eux. En 1588 la puissante flotte espagnole qui ramène depuis quasi un siècle l’or et les biens pillés dans les nouveaux territoires, cette puissante flotte espagnole est anéantie dans la Manche alors qu’elle tente la conquête de l’Angleterre rivale. C’est là, pour les cryptos le début d’un possible retour ouvert au judaïsme.

Nous ne rapportons pas ici les fluctuations de la situation militaro-politique dont les Sépharades savent profiter : juifs ouvertement dans les pays protestants, cryptos dans les autres, mais toujours conscients de leur judéité, portant parfois deux noms, un chrétien et un juif selon le lieu où ils se trouvent (l’armateur d’Amsterdam Manuel Rodriguez est aussi Jacob Tirado...). Il faut retenir que les juifs secrets arrivent sur les côtes du Brésil dès les années 1630 comme commerçants, entrepreneurs, planteurs de canne à sucre etc. avec les Hollandais et leur Cie des Indes Néerlandaises qui s’installent en 1630, ayant bousculé les Portugais. C’est là le début du retour au judaïsme et de l’expansion, souvent à partir d’Amsterdam. 1500 Sépharades sont installés à Recife au milieu du siècle, le tiers de la population blanche : ils y entretiennent deux rabbins : Isaac Aboab de Fonseca (lequel sera plus tard le grand rabbin d’Amsterdam) et Moses Rafael de Aguilar.


Le désastre est la reprise de la ville par les Portugais le 25 janvier 1654 et la fuite vers les îles (et la fondation la même année de New-Amsterdam - New York - par un équipage de Sépharades enfuis, dont on connaît les noms d’ailleurs.) Certains juifs reviennent en Europe, mais ceux qui restent s’égaient dans les îles, tolérés partout (sauf en Martinique et Guadeloupe françaises avec le “Code Noir” de 1685) et constitueront les premiers noyaux de juifs modernes dans le monde.

Puis Harry Ezratty nous décrit l’état passé et présent des implantations juives dans chaque île, résumant l’ensemble dans un tableau.

Ce petit livre - par le format - est un remarquable travail de synthèse, d’une rare densité.1

Jean Carasso

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