The illusion of safety The story of the greek Jews during the second world war de Michaël Matsas

En anglais.
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L’auteur est né en 1930 dans la petite ville de Janina au sein d’une famille nombreuse et chaleureuse qui vivait du commerce de vins et fromages depuis trois siècles. Son père, Léon, esprit indépendant, refuse de rester dans le giron familial et part travailler à la Banque Nationale de Grèce, ce qui entraîne pour lui-même et la famille qu’il a créée de nombreux déménagements à travers le pays.

Les membres de la famille Matsas restés à Janina sont déportés à 90%.  Léon et sa famille se cachent et survivent péniblement dans un village de montagne - Psilovrahos - à partir d’octobre 1943. Les mémoires de ces années de guerre forment la dernière partie du présent livre.

Après la guerre, Michaël a pu poursuivre ses études universitaires dans son pays grâce à un certificat fourni par le directeur fasciste de son école témoignant de “sa bonne conduite” et ne mentionnant pas son passage à la Résistance dans le mouvement ELAS. De semblables documents lui ont permis l’entrée aux USA en 1956 : “à cette époque, les seuls documents que les services de l’immigration aux USA considéraient être meilleurs que les miens étaient ceux des Allemands et de leurs collaborateurs”(page 406).

Il semble que M. Matsas ait été le premier à exploiter les archives personnelles du Franklin Roosevelt Institute à Hyde Park; il y découvrit de nombreux rapports sur les juifs de Grèce. Il a aussi largement puisé à Washington dans les Archives Nationales. Il a dénoncé, documents à l’appui, l’hypocrisie des gouvernements des USA et de Grande Bretagne qui prétendaient avoir ignoré le sort des juifs transportés vers les camps de la mort.

Le livre s’ouvre sur un bref résumé de l’histoire des juifs en Grèce depuis leur arrivée comme marchands ou esclaves libérés, à l’époque hellénistique, jusqu’au XIXème siècle et au massacre de communautés juives dans ce qui devenait l’état grec - antisémite - provoquant l’importante émigration que l’on sait, et un appauvrissement culturel. À l’invasion italienne en 1940, il ne restait que 77000 juifs dans le pays. 
Après le 6 avril 1941, date de l’invasion allemande, les trois zones d’occupation (allemande et bulgare au nord, italienne au sud) vivent des sorts différents. Mais l’occupation entraîne aussi une importante mise en place de mouvements de résistance attaquant l’occupant, éditant des journaux qui relaient les informations de la BBC. La Résistance était maîtresse des faubourgs des grandes villes, contrôlant provinces et axes routiers, à l’exception des villes, bastions allemands.

Malgré l’insistance de l’ambassadeur US Lincoln Mac Veagh, du consul US Barry à Istanbul, et de tant d’autres, les Alliés n’ont rien fait pour aider à sauver les juifs de Grèce, refusant même de lancer des émissions de mise en garde à la BBC ou des parachutages de tracts d’information au sujet des camps, comme ils savaient le faire pour des buts politiques.

La conclusion de Matsas est que les juifs de Grèce étaient les seuls qui pouvaient se sauver en rejoignant la Résistance, tout en contribuant à l’effort de guerre contre les Allemands. Il est d’avis que si les Américains et les Anglais ne s’étaient pas faits les complices objectifs des Allemands en gardant, comme eux, le secret sur les camps de la mort, les pertes ne se seraient pas élevées à 87% de la population juive.

La seconde partie du livre est consacrée à l’histoire de chaque zone d’occupation à partir de 1943 jusqu’à la retraite allemande, étude toujours parfaitement documentée, sources référencées.

À Salonique les juifs ignoraient le danger et se souvenaient de l’expulsion d’Espagne qui d’une certaine manière leur avait sauvé la vie... alors, pourquoi ne pas quitter leur ville, comme le proposaient les Allemands ?

Brève relation sur la zone occupée par la Bulgarie, ce dernier pays participant sur ce territoire à la déportation des juifs, en monnaie d’échange, pour éviter le même sort à ceux de Bulgarie proprement dite. Mais aussi un rapport allemand relate : “le spectacle révoltant donné par les habitants émus par le sort des juifs...”
En zone italienne, refus des autorités, tant qu’elles ont été occupantes, de déporter les juifs. Illusion de sécurité totale. Mais réaction allemande rapide et foudroyante... Pourtant à Athènes la population locale et le haut clergé ont aidé à la sauvegarde des juifs1. Et de cette zone italienne il existait une possibilité non négligeable de fuir en Turquie.

À partir de 1944, les taux de mortalité parmi les déportés ont été terribles, dans les trains mêmes, à cause de la durée du voyage. Matsas se demande si certains leaders juifs ont manqué de prescience ou de courage. Leur mot d’ordre fut : “Obéir, il ne vous sera fait rien de mal”2 ce qui fut pendant des siècles la politique avec les Turcs.

La partie historique forme un peu plus du tiers du livre. Le décor planté nous passons aux souvenirs, histoires personnelles ou familiales des mois qui ont vu l’anéantissement de la communauté grecque3.

Le dernier chapitre est consacré aux rares survivants des camps et aux souvenirs des combattants de la Résistance.

Mais le pire : après la guerre, de nombreux juifs qui avaient combattu les Allemands ont été persécutés, jugés, par ceux qui, ayant collaboré avec les Allemands, occupaient les postes haut placés dans le gouvernement grec. Il y eut cinq exécutions capitales de juifs résistants, des condamnations, des emprisonnements à vie, des personnes chassées de leur travail.

La Grèce, gouvernée par d’anciens collaborateurs, n’a jamais jugé les responsables des déportations et a été le seul pays à condamner des résistants.
L’épilogue raconte brièvement la mort des communautés séculaires et s’achève sur une accusation terrible des Alliés qui ont été complices de cette hécatombe.

Le livre s’achève sur quelques pages d’un excellent essai de bibliographie raisonnée et d’un éloge du travail de Matsas par Steven Bowman de l’Université de Cincinnati.

Oro Recanati
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