La terre sainte au temps des Kabbalistes de Gérard Nahon

Albin Michel “Présence du judaïsme” 1997 Paris , 197 pages, chronologie, notes et bibliographie.
 
 
Ce petit livre dense nous offre - entre autres informations intéressantes - le mérite de nous rappeler que l’exode d’Espagne puis du Portugal en fin de XVème siècle, s’il a aidé le souverain ottoman à repeupler des villes comme Constantinople et Salonique, ce qui est bien connu de tous, a aussi revivifié Safed, alors que n’existaient à l’époque en Terre Sainte que trois petites communautés juives : quelques centaines de familles à Jérusalem et Safed justement, quelques dizaines à Gaza.

En effet, si la Terre Sainte a vu défiler de nombreux voyageurs juifs depuis des temps immémoriaux, ils passèrent seulement. Nahmanide nous apprend que, débarquant à Acre après la dispute de Tortosa de 1267 à laquelle il avait participé, il se félicite d’avoir réussi, à Jérusalem - ce qui en montre la difficulté - à regrouper un minyan, et ce dans un lieu maintenant encore appelé  “Synagogue de Ramban”.

Ce n’est que postérieurement aux massacres de 1391 que commence un véritable mais lent exode continu de juifs et conversos vers la Terre Sainte. Et plus tard, dans les années 1481/1492 nous sommes  à l’aube d’une période d’attente messianique qui accentue l’exode de la Péninsule ibérique : les embarquements se multiplient de conversos qui, parfois, se font même circoncire avant leur départ.

Gérard Nahon ne manque pas de situer ce lent exode juif dans la cadre du peuplement de l’époque : si la rive occidentale du Jourdain est peuplée de 300000 âmes d’origines très diverses, la rive orientale (Jordanie actuelle) est pratiquement déserte. Seules, les villes de  Safed, Jérusalem et Gaza abritent quelques centaines de juifs chacune : peut-être un millier à Jérusalem, un peu plus déjà en ce temps à Safed et beaucoup moins à Gaza.
 
Au milieu du XVIème siècle, peut-être dix mille juifs en tout vivent en Terre Sainte.
L’auteur nous rappelle que la contrée est gouvernée par les Mamelouks égyptiens jusqu’à sa conquête par les Turcs en 1517, souveraineté qui durera quatre siècles. Cette conquête ottomane est importante en ce qu’elle sécurise et structure un peu la vie quotidienne : elle accélère la venue de juifs et contribue à la renaissance de la Terre Sainte, de Safed pour commencer. L’instauration de l’Inquisition au Portugal en 1536 précipite l’émigration : partout, dans cette région qui se repeuple, courent des bruits messianiques de Rédemption. Tibériade en ruines, déserte, rachetée par Joseph Nassi, est peu à peu rebâtie, devenant la première ville en Terre Sainte exclusivement juive.
Au milieu du XVIème siècle, peut-être dix mille juifs en tout vivent en Terre Sainte.
L’auteur nous rappelle que la contrée est gouvernée par les Mamelouks égyptiens jusqu’à sa conquête par les Turcs en 1517, souveraineté qui durera quatre siècles. Cette conquête ottomane est importante en ce qu’elle sécurise et structure un peu la vie quotidienne : elle accélère la venue de juifs et contribue à la renaissance de la Terre Sainte, de Safed pour commencer. L’instauration de l’Inquisition au Portugal en 1536 précipite l’émigration : partout, dans cette région qui se repeuple, courent des bruits messianiques de Rédemption. Tibériade en ruines, déserte, rachetée par Joseph Nassi, est peu à peu rebâtie, devenant la première ville en Terre Sainte exclusivement juive.
 
En milieu du XVIème siècle, la communauté de Jérusalem comprend plusieurs yeshivot.
La communication entre les juifs s’effectue en hébreu, mais ils pratiquent l’arabe et les émigrants de la Péninsule ibérique maintiennent leur langue. Dès cette époque, dans le système de gouvernement ottoman décentralisé les communautés s’auto-gèrent. Jérusalem vit plus dans la prière, avec une moindre activité économique que Safed par exemple, où les rabbins, en milieu plus ouvert, travaillent eux-mêmes, souvent autour des métiers de la laine, activité essentielle dans cette ville, pour subvenir à leurs besoins. Vers 1535, Safed est une ville prédominante pour le judaïsme, avec déjà plusieurs communautés structurées : portugaise, italienne, grecque, provençale, espagnole. Elle comprend plus de 5000 juifs et des rivalités avec Jérusalem pour la prééminence se font jour.
Gérard Nahon profite de cette période prospère pour ces deux villes - qui ne va pas durer - pour nous présenter  les grandes figures du temps : Abraham Zacuto, historien lettré, astronome, Israël Ashkénazi, Isaac Luria, Joseph Caro né à Tolède en 1488, Moïse Cordovero, Joseph Corcos, Moïse Besudo, célèbre maître de
yeshiva, Elie de Vidas, Moïse Mitrani (“de” Trani) etc. Chacune de ces grandes figures demanderait bien sûr plusieurs pages de développement..., mais ce n’est qu’incidemment le sujet !
 
 Des cercles kabbalistes étudient le Zohar sur exemplaires manuscrits indéfiniment recopiés que l’on se transmet de maître à élève, jusqu’à son impression à Mantoue en 1558, Crémone en 1560 et Venise en 1563. Puis ces exemplaires imprimés, revenus à Safed, font l’objet de commentaires d’Isaac Luria et d’autres, s’enrichissant ainsi.
Un premier livre, imprimé par les frères Nahmias à Istanbul était paru le 13 décembre 1493, grâce à des fontes apportées d’Espagne. Mais le rabbin de Lublin, né à Prague, Isaac Ashkénazi, ne s’installe comme imprimeur à Safed qu’en 1576, associé à des rabbins locaux. Cette ville, bien avant cela, est déjà au centre du commerce des livres : précédemment, on se fait couramment imprimer à Venise, et les rabbins vont et viennent.

La grande disette de 1583 et l’épidémie de 1587 font beaucoup de tort à la ville de Safed : l’imprimeur Isaac Ashkénazi s’en va vers Damas avec ses fontes1.

Et durant tout ce temps, Safed reste l’un des foyers de la re-judéisation des conversos portugais.
Gérard Nahon, après d’autres auteurs qu’il cite, se demande si l’atmosphère messianique de Rédemption qui régnait à cette époque en Terre Sainte, le sabbatéisme même, ne furent pas en quelque manière des réponses - appropriées ou pas...- à la douleur de l’exil des hispaniques et portugais ?
 
Ce livre d’une grande clarté, qui reste facile à lire, est d’une surprenante densité pour qui ne connaîtrait pas les ouvrages antérieurs de
l’auteur, précis, minutieux et concis.

Jean Carasso
 
Notes
 
Une nouvelle imprimerie ne s’ouvre à Safed
qu’en 1832...
 
A propos de Safed, dont il est question ci-contre, faites vite connaissance -si ce n’est déjà fait -  avec les  agréables  petits volumes d’Ami Bouganim dans la collection Nadir, édités par l’A.I.U., et notamment du “Safed, ville mystique”.   En peu de pages bien présentées et illustrées, ce petit livre vagabonde de manière très plaisante  entre  géographie histoire et philosophie (la Kabbale).
Tous les  titres de la collection : Mer Morte,Carmel, Néguev, Tibériade, Tel-Aviv et d’autres à venir, constituent une excellente introduction à toute visite des lieux, à toute mise en perspective.
                  
NDLR
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