Betahaim, sefardische gräber in Schleswig-Holstein de Jürgen Faust & Michaël Studemund-Halévy

En allemand :
“Betahaim, sépultures sépharades en Schleswig-Holstein”. 1997 Verlag J.J. Augustin. Glückstadt.116 pages. Glossaire, liste des noms de personnes et de lieux, abondante bibliographie.


Ce superbe ouvrage d’art vient justement à point pour compléter par l’image les informations apportées par certaines des études analysées ci-dessus. 
Il est évident, comme Michaël Halévy nous l’avait exposé dans le numéro 23 de la LS, que l’étude des tombes et des textes y figurant constitue une source primordiale d’informations sur des communautés aujourd’hui disparues et au sujet desquelles les archives exploitables se sont raréfiées. Textes et figures symboliques sont ici représentés et expliqués, mis en perspective historique.
L’avant-propos expose bien que les tombes des Portugais de l’Allemagne du Nord reflétaient l’état de la culture que les émigrés avaient emportée avec eux. Au contraire, les pierres tombales des Achkénazes, dans les mêmes cimetières, étaient assez semblables à celles des non-juifs de l’époque, conformes à la modernité du lieu.
Michaël nous dit que la comparaison entre les tombes “portugaises” des trois cimetières de Hambourg s’établit d’elle-même avec celles étudiées à Amsterdam et Curaçao.
Les superbes photos prises en noir et blanc par Jürgen Faust sont présentées ici en sépia, procédé qui fait mieux ressortir les reliefs et rappelle les photos anciennes.
L’ouvrage s’ouvre sur un historique de la présence des Portugais en Allemagne du Nord, s’inscrivant dans de grands courants commerciaux maritimes. Au début, les Portugais portaient encore souvent deux noms : celui de converti et l’ancien, juif, repris à Hambourg : Imanuel Bocarro Frances/Jacob Rosales; Duarte Nunes da Costa/Jacob Curiel.
En 1652, dans le cadre de cet exode du Portugal, trois synagogues existent déjà à Hambourg.
Défile l’histoire de cette communauté jusqu’à l’exil de 1933 vers le Portugal - un retour en quelque sorte - , les USA, les Pays-Bas et la Palestine. Ceux qui ne sont pas partis ont disparu dans la Choah, massacrés.
Chaque photo, fréquemment présentée en pleine page, de tombe plate ou de type sarcophage, est légendée de son texte hébreu ou portugais, et le symbolisme des gravures nous est expliqué avec une science remarquable. à noter que nombre de tombes portent des représentations humaines, reflets d’une certaine sécularisation des familles malgré la piété juive affichée dans les textes. 
On retrouve ici tous les grands noms du judaïsme portugais, et même d’autres qui montrent une émigration des Balkans (Benveniste et éventuellement Nahmias) et d’Afrique du Nord (Abensur, Abenatar). 
Tous ces noms sont d’ailleurs repris dans une liste alphabétique ultime qui sera fort utile aux généalogistes.
Citons au hasard parmi les plus représentatifs de l’origine portugaise : Reul Jessurun (alias Paul de Pina), Aboab, de Castro (souvent orthographié Crasto, la dyslexie ne serait-elle pas qu’une maladie moderne ?), Wessely - plus curieux - , Bélinfante, Bravo, da Silva, Delmonte, Texeira, Lobato, Luria. (Les noms qui précèdent sont relevés au cimetière de la Königstrasse à Altona, d’autres figurent à celui de Barenfeld, d’autres à Glückstadt).
Michaël Studemund-Halévy nous avertit avec humilité que son travail n’est pas exhaustif, qu’il reste beaucoup à faire, que le vandalisme et le temps ont, peu à peu, raison de ces traces culturelles irremplaçables.
Il faut souligner encore l’ampleur de la bibliographie, le glossaire des abréviations usitées par les artistes graveurs, la nomenclature des termes hébreux employés.
Ce livre est un vrai modèle du genre et l’on souhaite sincèrement que d’autres descriptifs à venir, d’autres cimetières, puissent l’égaler, réaliser mieux étant impossible...

Jean Carasso
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