Trois témoignages Chant de Vie (Chirat Haïm) Salonique - Auschwitz - Tel-Aviv Souvenirs et Continuité de Haim Rephaël

Traduit de l'Hébreu

Editions Ha-Mehaber 1997.

Comment revivre et retrouver un équilibre après l’épreuve de la déportation, c’est la question à laquelle Haïm Rephaël donne sa réponse dans l’ouvrage qu’il publie sous le titre de Chirat Haïm que nous pouvons traduire - et il suit en cela une vieille tradition juive - soit par “Chant de Haïm” soit par “Chant de Vie”. Ce jeu sur les mots révèle bien le contenu de ce petit livre qui est à la fois une autobiographie et une affirmation que la vie, même après l’enfer d’Auschwitz, peut reprendre ses droits si, comme H. Rephaël, la victime témoigne, ce à quoi l’auteur de cet ouvrage a consacré une grande partie de son existence.

D’abord nous nous demandons comment ce jeune Salonicien, déporté avec les siens en 1943 à Auschwitz, puis transporté de lieu de détention en lieu de détention dans des conditions que nous ont décrit nombre de récits, a pu survivre et de quelle résistance physique l’avait doté la nature pour qu’il parvienne à endurer ces tribulations jusqu’à l’arrivée des Russes à Theresienstadt, où d’ailleurs il rencontre sa future épouse, Esther Vivanti, une jeune fille originaire de Corfou et qui comme lui a perdu toute sa famille. 
Mais comme pour nombre de déportés, les épreuves ne s’arrêtent pas là : revenu à Salonique, il trouve des Grecs chrétiens installés dans l’appartement familial et devant la mauvaise volonté des nouveaux occupants à restituer le bien à son propriétaire légitime, il décide de partir pour la Palestine avec Esther. On pourrait croire que l’émigration - nouvelle épreuve à mettre sur le compte de l’Angleterre - allait ouvrir aux jeunes gens des perspectives de vie plus facile. Il n’en est rien, en Israël les nouveaux venus doivent se battre et se débrouiller seuls pour enfin réussir, dix ans au moins après leur installation, à ouvrir une épicerie, car Haïm Rephaël devient , comme il l’écrit, un bakal très apprécié. Mais, en fait, le fil conducteur de toute l’existence de Haïm Rephaël, c’est la musique. Il est accordéoniste et à la lecture de son autobiographie nous sentons que c’est en partie à la musique, autre mode d’expression d’un passé qui lui tient à cœur, qu’il a dû de survivre et de revivre.

Le dessein de base de Haïm Rephaël, en nous livrant ces souvenirs, est certes de perpétuer la mémoire du génocide, mais son livre est un chant d’espoir, de courage et aussi de modestie. Judéo-hispanophone, il consacre sa vie, toujours accompagné de son accordéon, à conserver vivantes les traditions musicales des Juifs de Grèce, mission qui lui a valu une certaine notoriété et ses entrées auprès de représentants politiques, littéraires et artistiques de l’Etat hébreu.
Mais tout cela, il nous le conte comme si le mérite ne lui en revenait jamais, comme si les autres lui faisaient une faveur en encourageant ses multiples activités - création d’associations de Grécos, information des jeunes générations dans les écoles, voyages d’accompagnement en Pologne - comme s’il n’était qu’un modeste bakal de Tel-Aviv, alors qu’il est une source de connaissances qu’il fait partager aux autres, et en premier lieu à ses fils Tsadik et Shmuel. Ce dernier, titulaire de la chaire de judéo-espagnol à l’Université Bar-Ilan, conclut l’ouvrage de son père par une nouvelle intitulée Saloniki es Palestina, dans laquelle il nous conte la vie d’un propriétaire de mahonnes salonicien à la veille du second conflit mondial. 

A tous ceux qui lisent l’hébreu, on ne peut que recommander la lecture toujours émouvante de ce petit livre écrit dans une langue claire, lecture au travers de laquelle on devine une personnalité éminemment sympathique.

Bernard Pierron

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