Revues : Ha Lapid


Ha Lapid et la Society for crypto-judaïc studies1. Nous vous annoncions dans la LS 22 la naissance de cette nouvelle revue aux USA et nous demandions - sur information de notre lecteur ami Gérard Nahon - si c’était ou non la suite de celle publiée à Porto avant la seconde guerre, et encore après.

Notre lectrice de Toronto : Judith Cohen (dont nous commentions d’ailleurs un disque dans ce même numéro de la LS 22) nous apporte une intéressante réponse détaillée :

“...cela me fait plaisir de pouvoir répondre à la question posée dans l’une des récentes “Lettre Sépharade” : la revue américaine Ha Lapid est-elle la même que celle publiée au Portugal sous le même nom dans la première moitié du siècle ? Alors non, ça n’est pas la même, mais par contre le rédacteur, Arthur Benveniste, m’a expliqué qu’il connaît la revue originale et qu’il a choisi le nom afin de pouvoir offrir une espèce de continuation.

Pour ceux d’entre les lecteurs qui ne connaîtraient pas l’histoire, je l’explique un peu. Ha Lapid paraissait plus ou moins régulièrement de l’an 1928 jusqu’à l’an 1958 en la ville portugaise de Porto. Le rédacteur était le capitaine Arturo de Barros Basto, sûrement l’un des personnages les plus intéressants de l’histoire des juifs du Portugal2. Né dans une famille dont le père était marrane, Barros Basto a étudié et a publié des articles sur la théosophie avant de se faire circoncire et se convertir officiellement au judaïsme, à Tanger, puis se marier avec Léa Azancot. Il effectuait des traductions de l’hébreu, de l’araméen, du latin, il chantait les chansons traditionnelles, il connaissait la poésie médiévale. Mais il est surtout connu pour son Obra de Resgate, l’œuvre de la rédemption. Durant ces années il faisait peu à peu le tour des petites communautés crypto juives, leur parlant du judaïsme; il facilitait des visites de rabbins, de journalistes. Il a fondé une yeshiva3 à Porto où il amenait des jeunes hommes marranes, ce qui accessoirement lui a posé de graves problèmes : l’accusation d’homosexualité; il n’a pas été jugé coupable mais il en a perdu sa situation dans l’armée et il est mort pauvre et déçu : sa fille essaie encore d’ailleurs aujourd’hui de restaurer son honneur de façon officielle et publique... mais c’est là une autre histoire, bien pénible !

C’est donc lui, le capitaine Artur de Barros Basto qui a fondé la revue Ha Lapid, en était le rédacteur et l’auteur de la majorité des articles parus durant trente ans. La revue offrait toutes sortes de sujets à ceux qui avaient l’opportunité de la lire : des prières traduites en portugais, des explications des fêtes juives, des informations sur des livres nouvellement parus, des entrevues, des rapports sur des visites; aussi des commentaires sur la Seconde Guerre Mondiale et les atrocités commises par les nazis. 
Je pourrais poursuivre mais m’arrête ici, n’ajoutant qu’une dernière observation : l’existence et la circulation de Ha Lapid nous soulignent le fait que les crypto-juifs portugais de la première moitié de ce siècle n’étaient pas si isolés que nous avons tendance à le penser.”

Merci vivement à Judith Cohen de nous avoir éclairés ainsi.

La Rédaction

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