Musique : Flory Jagoda


Elle est incomparable, inimitable Flory; et celle qui tenterait justement d’imiter son vibrato si particulier serait aussitôt caricaturale; elle, non ! imperturbable, inchangée, elle chante comme une manière d’être et sa manière à elle seule évoque, illustre le sentiment de nostalgie.

Il y a longtemps qu’elle interprète des chansons judéo-espagnoles Flory, et maintenant, devenue grand-mère elle y a entraîné toute sa famille.

En d’autres termes, Flory est contagieuse - et inimitable; c’est un bien plaisant paradoxe !

Elle l’avance crânement, elle le fait savoir et le répète, qu’elle ne peut oublier son origine à Vlasenica, proche de Sarajevo - région qu’elle a pourtant quittée avec ses parents dès le printemps 1941 et dont elle transporte toujours avec elle le judéo-espagnol prononcé de façon si particulière, si surprenante aux Stamboulis et Selaniklis qu’elle ravit ! Et pourtant, arrivant aux USA en avril 1946, juste mariée l’an précédent avec le bel officier Harry Jagoda connu en Italie du sud où elle était réfugiée avec ses parents, elle a fait tout son possible durant des décennies pour oublier, pour s’adapter. Mais y retournant quarante ans après pour enquêter sur l’assassinat le 6 mai 1942 de tous les siens par les Oustachis - aidés de musulmans bosniaques - elle a constaté n’avoir rien oublié de ce que lui chantait sa grand-mère.

Et pour la pérennité de la mémoire elle s’est remise à chanter, puis à composer et à chanter, autant les classiques que ses propres créations qui ont depuis fait le tour du monde sépharade : Ocho kandelikas, la Kapara, Madre miya si mi muero, Buen shabat etc...

Flory raconte d’ailleurs sa jeunesse de façon fort émouvante dans son livre, nous apprenant au passage que sa maman chantait déjà en groupe avec les membres de sa famille Altarac, et qu’avec aujourd’hui ses petits enfants et un petit dernier, on en est à la cinquième génération de chansons folkloriques, tant serbo-croates que judéo-espagnoles. Il n’est même pas utile de demander : “qui dit mieux ?”

Flory Jagoda a enregistré successivement deux cassettes, puis plus récemment en compagnie de tous ses descendants, et portant sur ses propres créations, un disque compact reconstituant un “groupe Altarac” en quelque sorte. La boucle est bouclée.

Et Flory, avec une grande simplicité nous écrit (en judéo-espagnol qu’elle préfère à l’anglais car le français lui est inconnu, mais elle a peu d’interlocuteurs dans sa langue pour pratiquer dit-elle) qu’elle continue d’être heureuse après plus de cinquante années de mariage illuminées par une nombreuse descendance.

Elle demande gentiment s’il est en France des Sépharades comprenant encore leur langue, et si elle pourrait y venir chanter avec ses enfants ou même seule. Avec son accordéon bien sûr ! sa passion depuis l’enfance...

Oui Flory, nous souhaitons une occasion; vous êtes une grande dame et nous aimerions vous connaître. Merci.1

Jean Carasso

Notre infatigable ami Albert de Vidas,  nous raconte dans la rubrique “Farewell to Alexandria” de sa revue “Erensia Sefardi”  son itinéraire personnel depuis sa naissance en Egypte.

Mais comme cet itinéraire est exemplaire, au sens où nous l’entendons dans notre rubrique du même nom, avec un certain nombre d’amis ayant vécu la même destinée, il vient de lancer un nouveau bulletin franco-anglophone : Amicale Alexandrie.

Si vous avez vous même vécu une telle trajectoire, écrivez lui, abonnez-vous à ses revues : Albert de Vidas - 46 Benson Place Fairfield CT 06430 USA.


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