Musique : Silver & Gold - Plata y oro - CD de Judy Frankel

Judy Frankel P.O.Box 470515  San Francisco CA 94147. Nous avons commandé quelques disques et cassettes en avance pour aider nos lecteurs à se les procurer. la cassette : 70F le dique compact : 130F port compris.

Il y a six mois, dans la LS 19, nous exprimions notre impatience de recevoir ce nouveau disque proposé par Judy Frankel, dont nous n’avions entendu qu’une bande-essai prometteuse.

Et bien c’est fait, et c’est une pure réussite,  une merveille, mariant harmonieusement l’ancien, le traditionnel, le contemporain, dans une variété subtile de mise en musique, d’accompagnement, par les soins de Judy elle-même en ce qui concerne les poèmes modernes - peut être une moitié des chansons interprétées - avec un sens aigu de la tradition musicale à respecter.

Il faudrait pouvoir commenter chaque chanson, chaque interprétation en particulier.

La classique Una tadre de verano (n°1) s’articule autour d’un thème traité par tous les théatres et tous les folklores du monde - ici le Maroc -  la méprise d’un garçon qui ramène à la maison pour l’épouser une fille qui s’avère être sa sœur perdue de vue depuis si longtemps...

La n°3, d’origine bulgare, transmise à Judy Frankel par Haïm Tsur, met en valeur la partie grave de son registre vocal.

L’humour coquin de Rita Gabbaï dans ce poème n°4, El décolté, est subtilement intégré dans la mise en musique à quatre temps, bien équilibrée.

Judy avait déjà chanté la n°5 Una matica de ruda en une autre version dans son disque précédent. Mais on ne se lasse pas de ce grand classique où la mère cherche à persuader sa fille qu’un mauvais mari vaut mieux qu’un nouvel amour, ce qui n’est pas du tout l’opinion de l’intéressée...Judy utilise subtilement le play-back à la tierce, ce qui est toujours flatteur pour l’oreille.


La n°6 La vida es un pasaje est reprise au folklore marocain d’Henriette Azen qui la chante elle-même dans l’un de ses disques. L’accompagnement est sobre, l’interprétation est proche de l’a capella dans une chambre d’écho.

La n°7 Sarajevo de oro est d’autant plus émouvante qu’elle illustre musicalement un poème d’Izak Papo 1 de Zagreb, plus qu’octogénaire, pleurant le Sarajevo de son enfance, qu’il appelle affectueusement “mi Saray”.

A propos du n°8 : “Una noche al lunar” 

“…Ma mère, ma mère,

 J’ai fait le rêve

 Que la guerre se terminait.”

que Flory Jagoda, native de Sarajevo, avait enseignée à Judy, celle-ci nous raconte l’émouvante histoire suivante :

Lors d’une conférence de paix, à Auschwitz il y a deux ou trois ans, Judy rencontra quatre ex-Yougoslaves qui refusaient de se parler entre eux. Puis elle en vint à chanter une chanson en serbo-croate, et enchaîna sur cette même “Una noche al lunar”. Elle demanda ensuite aux quatre personnes en question de reprendre en chœur avec elle cette chanson très populaire à Sarajevo.

Alors seulement ils acceptèrent de se parler entre eux.

La musique est un baume, une médecine, conclut Judy.

La très classique n°9 Gerineldo portant sa philosophie éternelle de la vie ne déçoit jamais. Judy dit la tenir de la Tétouanaise Esther Benzaquin, veuve du hazan de Barcelone.

Dans La Donzella (n°10) la très harmonieuse adéquation de la musique contemporaine doucement chantée ici, certains passages à la tierce comme plus haut, met bien en valeur le poème osé de Rita Gabbaï.

La n°13 La comida la mañana illustre le décalage de civilisations entre les mères et leurs filles qui ne semble pas tout récent puisque cette chanson fut enregistrée dans les années 40 par Victoria Hazan née en Turquie en 1898. Le thème est l’éternel discours de la mère à la fille cherchant à dissuader celle-ci de la bagatelle, cause de souffrance... 

Le dernier texte mis en musique, celui du Shabat de Rita Gabbaï, sur un rythme à trois temps très lent qui rend bien l’atmosphère du bonheur tout simple, paisible, sans faits saillants, vaut le disque à lui tout seul. C’est un petit tableau intimiste qui reste devant les yeux lorsque la musique est achevée, dit elle-même Judy. Nous en sommes bien d’accord.

Judy Frankel, merci. Vous avez beaucoup de culture, de talent de compositrice et de chanteuse. Continuez et mettez en musique, interprétez Matilda Koen-Sarano, Rita Gabbaï sur d’autres de ses poèmes intimistes, Margalit Matitiahu, Clarisse Nicoïdski2, Avner Perez et d’autres poètes(ses) contemporain(e)s.

Et gardez les mêmes accompagnateurs...

Jean Carasso

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