Muestra lingua : Pérla se prezénta kon la tavlà

Nous avons commencé, il y a quelques années maintenant et sur la demande de lecteurs, la publication dans chaque livraison d’un court texte en judéo-espagnol d’Isacco Hazan rédigé sous forme d’un dialogue vivant qui, lu à haute voix par des personnes n’ayant pas de pratique peut contribuer à les initier de façon plaisante. L’auteur s’est efforcé de restituer le plus fidèlement possible le climat dans lequel évoluaient les communautés juives de l’Empire ottoman. Nous poursuivons ce dialogue volontairement tout simple, pour ne pas décourager les débutants . 
Nous ne publions pas de traduction intégrale mais des notes éclairantes  que Haïm Vidal-Sephiha a bien voulu réviser et commenter. La graphie adoptée est celle de Vidas Largas. Nous suggérons aux débutants de lire lentement et en scandant, profitant des marques d’accentuation qui ne figurent  communément pas.
 
La Rédaction
El KANTONIKO
DE CHOCHANA

Journaliko amigo
Etchame tino y oye lo ke tengo a dizir. Denprimero, dechame bever un kafiko turko bien kayente para ke me se aresente el meoyo. Todo me se esta embroliyando en la kaveza y no se por onde empesar. Bueno ! Agora te dire lo ke se pasa. Mos kareimos, trokimos de kaza ! Ya te estas demandando : “ke le akontesio a esta atavanada ? Miles de famiyas se karean kada dia y no uvo may tantas khadras y baranas !” Esto ya lo se. Para mosotros es diferente : bivir trenta y siete anyos - no es poko - al mismo lugar, nos es kolay dechar tanto souvenires entre las paredes. Si puedian avlar tenian muntcho de kontar. Entrimos en el apartamento kon kriaturas tchikas.
Se fueron de kaza novios, kada uno tomando el kamino ke el destino le aparejo. Kada kuanto tyempo mos trucheron un muevo nasido para kerer y aregalar. Los anyos passando la meza de la kamareta de komer se izo estrecha para arecojermos las notches de Chabat y de Moadim.
Journaliko karo, te estas diziendo : “si estuvites tanto bueno en esta kaza, ke lokura vos tomo de dechar el lugar ?” Yo te respondo ke la vida es ansi, ke no azes syempre lo ke keres.
Mi marido tyene problemas de salud y agora no puede suvir y abachar eskalones. Los dos pianos onde moravamos eran muy duros para sus
patchas.



Redjîna :    Empésa por los senyóres ke lavoráron en pyes díya entéro.


Chemuél :    gustándo una kutcharíka de dúlse, bevyéndo un póko de água, la méte en la kúpa i tomándo el findján

de kafé :  Kafés d’alegríya !


Avrám a la íja : Mersí hanúm, no tengo gána.


Saróta :    Charópe de nóvya !


Réyna :  Gustózos i alégres ! Para bódas i(n)chállah ! Guadráda de ayinará, te izítes nikotcheríka. El dúlse está d’alavár al Dyo. Tu lo izítes ?


Pérla :  No, es la mamá.


Redjína :  Sólo un kuárto de óra me tomó pára kozérlo.


Réyna :   Es de chaká ?


Redjína :    La verdá, lo dévo a un tefsín  ke yéva buéno su nómbre. La márka es PRÉSTO. Lo merkó Avrám de úno de sus kliéntes del tcharchí.


Réyna :    Me puédes amostrár ?


Redjína :    Sigúro, kon plazér.


Réyna azyéndo la deskuvyérta : Ay ányos ke téngo el mízmo ! Te avúo ke el bitchimsizlík de su kapák i la komplikasyón de  su empléyo me dávan espánto.


Redjína :    En Fránsya, yáman esta katcharóla “cocotte-minute”.


Réyna :     Pára el dúlse, kulanéyo un koyadják de kóvre pezgádo kruchúm. La narándja me tóma óras dezorádas.


 

                            à suivre...
 
tavlá = plateau. (esp. tabla = planche)

senyóres ou sinyóres = les hommes, les seigneurs comme chacun sait, dans cette civilisation patriarcale...

en pyes = en pied, debout.

kutcharíka = (esp. cuchara) = cuiller, avec le diminutif.

kúpa = la coupe, le verre.

findján = (turc finçan, la tasse), mot que nous avons fréquemment rencontré déjà.

kafé, ou kavé à la mode turque : etchar el kavé : lire l’avenir dans le marc de café.

hanum = (turc) mot maintes fois rencontré, fort courant = princesse.... Hanúm durmyéndo, mazal despyérto : jouvencelle endormie, la chance veille...

gána = (esp.) envie.

charópe de nóvya = (esp. jarabe, arabe charâb : boisson sucrée). Sirop de mariée. Es un charópe de mujér : c’est une femme très douce, pleine de bonté.

para bodas (esp : noces)i(n)challáh (arabo-turc) = que ce soit en vue de noces, si Dieu le veut !
ayinará = le mauvais œil, qui tient une grande place dans les civilisations orientales. De ayinará ke mos guádre el Dyo : Que Dieu nous préserve du mauvais œil.

nikotcheríka = diminutif espagnolisé du grec nikikirá qui a donné en j.e. nikokyerá ou nikotcherá, maîtresse de maison, bonne ménagère.

d’ alavar al Dyo = élever, louanger. Cette confiture est si délicieuse qu’il faut en louanger Dieu.
kozer  = (esp. cocer, cuire) à ne pas confondre avec kuzír, coudre. Participes passés différents : kozído, cousu, et kótcho cuit, d’où biskótchos : biscuits.

chaká = (turc s’aka) blague, plaisanterie. Chakadjí : plaisantin, blagueur, boute en train; féminin chakadjíya.

tefsín = turc tepsi = casserole, fait-tout, nous explique notre émérite professeur de cuisine Méri Badi.1            
tcharchí (turc) = le marché, mot rencontré précédemment.

amostrár, ou simplement mostrár = montrer (ital. la mostra, l’exposition). Le agráda amostrár : il aime plastronner.

avuár = (franç. avouer). Bel exemple de judéo-fragnol, produit de la gallomanie galopante dont fut pris le j.e. à partir de l’enseignement dispensé par l’Alliance Israélite Universelle. Il vaudrait mieux revenir à l’esp. otorgar, consentir, approuver, promettre, alors qu’en j.e. ce mot a pris le sens de reconnaître, confesser : otorgár ou atorgár sus pekados : confesser ses péchés.

bitchimsizlík = (turc biçimsizlik) bizarrerie, extravagance.

kapák = (turc kapak) couvercle. Káda tendjeré tópa su kapák : chaque casserole trouve son couvercle, chacun fint par trouver l’âme sœur..Kapadeár un yérro : dissimuler une erreur. El syélo está kapaník : le ciel est nuageux, couvert.

espantár =(esp.) faire peur, épouvanter. Espántate de los kayádos, de los ke van arréz de la paréd : méfie-toi des silencieux, de ceux qui rasent les murs.

kulaneár = (turc kullanmak), employer, faire usage de.

koyadják = (turc) marmite.

kóvre =(esp. cobre) cuivre.

pezgádo kruchúm = le premier mot esp., le second, turc, synonymie intensive entre mots d’origine différente, hétérosynonymie, redondance intensifiant le sens. Dans d’autres cas semblables : préto karvón, il s’agit d’intensité homosynonymique.

narándja = l’orange, en confiture seulement. Pour le fruit frais, s’emploie plutôt le terme : portokál, pertokál. Nous avons déjà vu cela précédemment.

óras dezorádas = expression amusante : des heures non comptées (en heures) : des heures “désheurées”, innombrables.

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