Mémoire, culture et tourisme en Espagne


Une curieuse et louable initiative.

Le Centre d’Etudes Médiévales de Ribadavia1 a pris l’initiative d’organiser chaque  année en fin de mois d’août une cérémonie symbolique de mariage juif traditionnel qui se déroule dans les rues de la ville. La population y participe, dont nombre de personnes ont revêtu pour la circonstance des costumes juifs médiévaux traditionnels.

Le marié, entouré d’amis entonnant des chansons sépharades se déplace à travers la ville jusqu’au domicile de l’élue elle-même entourée de femmes. On a rédigé la ketouba etc.

Car s’il n’est plus de Juifs à Ribadavia la mémoire de leur aljama n’a  pas totalement disparu de la conscience collective, que le Centre d’Etudes s’efforce de raviver.

Et cette “fête de l’Histoire” obtient un succès croissant, de nombreux spectateurs extérieurs à la ville venant se joindre aux citoyens locaux.

De même, plus d’une vingtaine de membres de la communauté juive portugaise de Porto sont venus cette année participer à cette cérémonie et offrir leur conseil, puis ont célébré sur place leur veillée de Chabat que les organisateurs et la population les ont aidés matériellement à organiser en une église désaffectée, dans la discrétion et l’interdiction de micros et appareils photographiques.

Toute la presse locale a relaté sympathiquement cette fête annuelle publiant articles détaillés et photographies.

Guía de la judería de Girona2

(en espagnol)  Ramon Alberch i Fugueras

Nous avions en temps utile signalé à nos lecteurs l’important livre de José Luis Lacave : Juderías e sinagogas españolas .3

Et maintenant nous recevons de Gerone, sous la signature du Directeur des Archives de la région de Barcelone ce petit livre très bien conçu, réalisé, illustré et présenté, exhaustif, sur l’ancienne aljama de la ville, dans laquelle plus aucun juif ne vit.

L’auteur nous éclaire sur les origines de l’implantation juive en cette ville, sa situation géographique et celle des synagogues, l’organisation de la communauté, la cohabitation souvent difficile, l’activité économique, le XIVème siècle si pénible, les conversions puis l’expulsion, les traces de cette vie juive dans la ville actuelle.

Nous y retrouvons des notions, des informations qui débordent largement le sort des seuls juifs de Gérone pour s’étendre à la Catalogne et au delà.

En dehors de la communauté de Barcelone comptant jusqu’à 4000 membres au XIIIème siècle, Gérone et Perpignan comptaient chacune un millier de juif, soit 5 à 7% de la population selon les époques. En 1320 une arrivée de juifs de France accrut la communauté de Gérone.
L’auteur fait observer qu’aux XIIIème et XIVème siècles, le poids de l’impôt per capita frappant un non-juif et un juif allait du simple au double. Et au XIVème siècle justement, la vie devint très dure aux juifs bien qu’ils fussent “propriété du roi” ou de certains princes, et qualifiés par eux  de “notre coffre et trésor” ... qu’en principe ils protégeaient comme tels.
La cohabitation ne fut jamais longtemps sereine en Catalogne mais les saccages de la judería durant la période de Pâques en 1387 et 1389 n’auguraient rien de bon. Et le massacre commença le 10 août 1391, par le fait d’éléments souvent extérieurs à la ville, à la nouvelle des tueries de Barcelone qui eurent définitivement raison de l’implantation juive en cette ville.

Les conversions se succédèrent durant tout le siècle suivant, jusqu’à l’expulsion de 1492.

Et l’Inquisition frappa encore durement par la suite ceux qui avaient cru se sauver par la conversion formelle au catholicisme

Ce qui est fort important à Gérone est la survivance de la judería en sa structure architecturale, remaniée bien sûr au cours des siècles, mais subsistant dans ses grandes lignes.

Et la visite est émouvante du Centre d’Etudes Juives et Musée Bonastruc  ça Porta, au sous-sol duquel on se trouve vraisemblablement dans l’ultime synagogue existante dans la ville (il y en eut successivement trois). 4

 Jean Carasso 
 
Notes 
 
1 Petite ville située en Galice, à très faible distance de la frontière nord du Portugal.

2 Columna ediciones, calle de Viladomat 135  5°  E 08015 Barcelone.

3 Chez Mapfre à Madrid en 1992.

4 Nous avons raconté une telle visite dans la LS 10 de juin 1994 en un article intitulé “Si tu vas à Gérone...”
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