Les jardins du couscous, recettes de la tradition juive tunisienne

Editions de l’Aube et tous libraires, 1996 158 pages.

Simon Nizard

C’est une évolution inéluctable : alors qu’il y a trente ans, un livre de recettes de cuisine comportait ... des recettes de cuisine et rien d’autre, la tendance est maintenant d’inscrire celles-ci dans leur contexte géographique, chronologique, bref culturel, qui  fait d’un livre de cuisine un manuel d’ethnologie. Un bon exemple est l’excellent livre de N. Stavroulakis1 commenté dans notre LS17.

Simon Nizard lui, innove : il enchâsse de façon fort plaisante ses recettes de couscous dans un roman, une saga familiale - partiellement la sienne bien sûr - vivement menée.

Il nous plante le décor : la cohabitation autour de la même courette - le patio - de familles d’origines diverses : juive, maltaise, musulmane, et nous présente les membres de sa propre famille - mais il s’agit d’un roman, même largement autobiographique !

Puis bientôt après nous  retrouvons sa mère et ses sœurs à la cuisine préparant le couscous au mérou (Kchekchou  bel haout-manami) par exemple :

Il est dix heures du matin, le patio est investi...  les tables basses sont chargées de légumes, le sol est jonché de vaisselle et d’ustensiles. Alicia va s’occuper des boulettes dont vous connaissez maintenant la recette confirmée par ma mère Camouna.2 Sonia est chargée de couper le mérou sur le marbre tout près du puits. Ma mère Camouna s’occupe de la graine, et ma sœur Esther a la responsabilité de la recette entière du couscous au poisson...

Tout cela est de la bien bonne pédagogie, et l’on se sent auprès des sœurs et de la mère dans la cuisine en pleine préparation.
Nous avons appris au passage
“qu’au dessus de la porte d’Esther, à un clou  de ferronnier, pendait une vieille clef cinq fois centenaire, transmise de génération en génération. C’était la clef de notre maison  d’Andalousie...” 3   


et chemin faisant avons fait connaissance avec une quinzaine de recettes de couscous et une bonne douzaine de salades d’accompagnement.

Quelques allusions peut-être bien personnelles émaillent le récit :
    ...je me suis habillé, puis assorti de mon
    châle de prière, j’ai pris doucement le chemin
    de la synagogue, non point guidé par la piété
    - la foi m’est étrangère, mais aspiré par le
    bonheur chaque fois neuf et touchant d’une
    fraternité douce au cœur.
    ...le rire d’Esther, ma sœur, ce rire plus efficace
    que tout l’encens des canouns pour tenir en
    respect le malheur au ras du cœur…

Les originaires d’Afrique du Nord ne seront pas les seuls à trouver plaisir et détente à la lecture de ce livre.
Jean Carasso
Comments