La literatura sefardí de Amsterdam

Instituto internacional de Estudios Sefardies y Andalusíes, Universidad de Alcalá, 1996, 345 pages, bibliographie primaire, bibliographie secondaire, index des noms propres.
(en espagnol)     Harm den Boer

Sous un titre très modeste, Harm den Boer nous offre un grand livre sur le destin des juifs ibériques immigrés à Amsterdam aux XVIe et XVIIe siècles à travers leur littérature. Ce terme doit être pris dans son sens le plus large car elle inclut non seulement la prose, la poésie, le théâtre, mais encore les écrits didactiques et doctrinaux. Bref, il s’agit de la vie culturelle sous toutes ses figures, à l’exclusion des débats strictement philosophiques et théologiques qui ne furent pourtant pas étrangers à cette jeune communauté.

Ce livre constitue une remarquable synthèse, toujours enrichie par de fines analyses fondées sur des textes pertinemment choisis.


En fait, cet ouvrage se constitue sur un ensemble de recherches et un corpus de 400 textes d’auteurs juifs d’origine ibérique installés à Amsterdam. A travers leur littérature Harm den Boer nous fait revivre, avec intelligence et rigueur, deux siècles de la vie d’une communauté qui fut le phare du judaïsme occidental.

L’originalité de l’approche et de l’exposition de l’auteur tient surtout à la méthode choisie qui refuse la chronologie au profit de courts chapitres thématisés et toujours illustrés par les écrits de ces nouveaux juifs qui s’intègrent remarquablement dans la démonstration et le discours. Nous sommes surpris et éblouis par la diversité des genres dans lesquels excellaient ces juifs déracinés, mais jamais oublieux de leur patrimoine culturel ibérique.

C’est pourquoi l’auteur accorde une si grande importance à la langue – portugais et espagnol – aux destinataires des ouvrages, au véritable lieu de parution et aux fausses pistes destinées à satisfaire les exigences d’une autocensure juive, bien plus que les magistrats de la ville.

Le poids de l’hispanité détermine l’auteur, à travers une exploration des académies littéraires fondées sur le modèle espagnol, à faire le point pour situer le moment de la rencontre entre la spécificité juive et celui de l’héritage culturel. Signalons enfin, à titre d’exemple de l’originalité de ce travail, les analyses typologiques des sermons, indispensables témoignages pour une mise en perspective des valeurs de la communauté.

Si l’on s’intéresse, à quelque titre que ce soit, à la plus fascinante communauté sépharade européenne, la lecture de ce grand livre, qui comporte une très riche bibliographie, s’impose.

Henry Méchoulan
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