Catalogne


 Mas vale buena fama ke sako de plata

Nos plus anciens lecteurs se souviennent peut-être que dans la LS 10 de juin 1994 nous avons publié un article signé de Maryse Choukroun, aux confins d’onomastique et histoire, sur les noms typiquement ou alternativement juifs en Catalogne, région que Maryse étudie depuis bien des années.

Elle nous fait parvenir maintenant un fort curieux ouvrage de son maître, celui qui lui a inoculé le virus de la recherche en Catalogne... et nous conte l’improbable et pourtant véridique histoire suivante :

Un jour de 1937, le 3ème bureau de la gestapo installé à Barcelone - oui, en 1937 ! - fait savoir à Lluís Marcó i Dachs, tout jeune homme, qu’il est d’origine juive.

Et depuis lors Lluís a consacré son temps et son énergie jusqu’à maintenant à étudier et connaître la vie, l’œuvre et le destin des juifs de Catalogne. Il en a acquis une culture immense, on s’en doute, et il vient de publier ce livre :



Jueus als països catalans Segles X - XV1

(en catalan)         
Lluís Marcó i Dachs

Lluís Marcó i Dachs commence par nous éclairer sur sa méthodologie et nous indiquer les difficultés qu’il a rencontrées au cours de son travail.

Tout d’abord, définir les limites géographiques de la Catalogne au cours des siècles étudiés : Perpignan fut catalane de 1172 au Traité des Pyrénées en 1659. De même la Provence au XIIème siècle. Tous les évêchés de Catalogne dépendaient de l’Archevêché de Narbonne créé en 1091, d’où les liens restés étroits entre cette ville et les pays catalans etc.

Il pousse le scrupule jusqu’à nous indiquer que, dans ses sources - qu’il cite bien évidemment - tel est inscrit comme “défunt” ce qui ne permet pas de le dater avec précision. Mais si l’on peut recouper une date, il mentionne où...
Suit l’annuaire par ordre alphabétique de 5041 juifs qu’il a recensés.
 
Dudit livre, il a publié à part un extrait :

Metges Jueus dels països catalans, segles XI-XV

dans lequel il a mentionné tous les noms d’hommes (et fort occasionnellement de femmes) explicitement décrits comme médecins et c’est là qu’on trouve les célébrités :

-    Mosé ben Nahman - 1194/1270 - (Nahmanide) médecin et grand rabbin qui se faisait appeler Bonastruch ça Porta lorsqu’il sortait de la ville juive.       

-    Avubraïm Aben-Venist2 cité en 1180 sur une franchise qu’Alphonse Ier lui accorde.

-    Astruc Bonsenyor, médecin de Jaime Ier comme le furent après lui Acac de Barcelone en 1269 et Jucef Almeredi.

-    Bonjuá Cabrit accompagnait en 1360 les troupes catalanes se battant contre les Castillans...

-    Un M. Menahem qui avait toute la confiance de Pere III, auquel succéda en 1371 un Bonanat Alfaquin que le roi dispensa de porter la rouelle.

-  Floreta Sanoja, attachée au service de la reine.

-    Abiatar Aben-Cresques opéra le 11 septembre 1468 le comte de la famille royale Joan II, de la cataracte, lequel retrouva la vue le 12 octobre suivant... et ne finit par mourir à Barcelone qu’en 1479 à quatre-vingts ans.

Il est historiquement intéressant de constater que Romar Oham  conserva la confiance de son roi Joan Ier de 1392 à 1394 c’est à dire - mais en Catalogne - immédiatement après les émeutes de 1391 dévastatrices pour le monde juif .

La liste complète comprend 150 noms de médecins identifiés comme tels.

Dans l’annuaire intégral, relevons quelques noms encore familiers, et d’autres, au contraire, disparus :

-    Amoros

-    Ardit
 
-    Astruc/Bonastruch dès 1216, Astruga dès 1186, Astrugona dès 1283.
-    Azday dès 1297.

-    Bonet dès 1209.

-    Cresques, famille célèbre de cartographes, dès 1270.-    Toledano en 1491 né à Tortosa (Taragone)

-    Vidal innombrables (traduction de Haïm = la vie, bien sûr) dits fréquemment “de Carcassonne”, “de Prades” pour les différencier entre eux.

-    Saporta, dès 1246 mais aussi Sasportas en 1391.

-    Barzelaï dès 1228.

-    Duran dès 1304, célèbre famille de Majorque, plus tard à Alger.

-    Caravida, Ravalla, Bellshom, Bonjuha, Goig,  noms qui semblent avoir disparu.

-    Aben Saprut dès 1276 montrant l’origine maghrébine.

-    Magaluf, nombreux uniquement à Majorque dès 1301

-    Moïse Aben Quimhi dès 1140 à Barcelone.

-    Un Shalthiel-Saporta, inscription de 1312 sur pierre tombale, à Gérone.

-    Quelques Sullam, dès 1287.

-    Salomon Alfandery en 1340, de Valence. Très nombreux sont bien entendu les noms moins caractérisés, faits du double prénom :

-    Mosse Maïr

-    Mosse Jucef

-    Mosse Isaac etc. Pour clore son livre l’auteur cite toute une liste de noms et prénoms typiquement catalans que l’on retrouve chez les juifs, et se demande avec beaucoup de scrupules, avouant qu’il ne sait pas répondre : “qui a emprunté à qui ? antécédents communs ?” 3

Jean Carasso
Notes :

1 Chez l’auteur : Lluís Marcó i Dachs C/ Buenos-Aires 38/40

2 Nom plus fréquemment écrit : Abenveniste ou Benveniste par la suite.

3 Nous sommes à disposition de nos lecteurs qui auraient quelque raison de se croire une origine catalane pour confirmer ou infirmer leur présomption.
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