Revues : La communauté juive de Salonique dans les rapports grecs 1913 -1923 (en grec) Spyros D. Loukatos, Historien


Cronica1, l’organe du Conseil Israélite Central de Grèce nous offre dans son numéro 143 de mai-juin, une étude intéressante sur la communauté de Salonique durant dix années que l’on peut considérer comme cruciales pour elle, à savoir de 1913 date de l’occupation de la ville par les troupes grecques, à 1923, année marquée par le traité de Lausanne qui devait sanctionner le désastre grec d’Asie Mineure et l’échange des populations entre la Turquie et la Grèce. Suite à une intense politique d’hellénisation favorisée par l’afflux des réfugiés d’Asie Mineure, les rapports entre les divers composants de la population de la capitale de la Macédoine allaient être modifiés au détriment des juifs qui avaient longtemps constitué l’un des éléments dominants de cette population.

S. D. Loukatos a choisi de traiter trois thèmes principaux dans son étude :

1° -  L’ importance de la population juive de Salonique durant cette période2.
2° -  L’enseignement israélite
3° -  Les occupations professionnelles des juifs.

La première partie de ce travail est capitale car elle aborde une question toujours controversée et jamais résolue avec certitude par les différents chercheurs qui s’y sont intéressés. Il s’agit de l’importance démographique de la communauté juive salonicienne durant ces dix années. Avec une minutie et un goût de la précision qui l’honore, l’historien analyse les données souvent contradictoires des archives qu’il a consultées quant à l’importance numérique des habitant juifs de Salonique en structurant cette exposé en cinq paragraphes, 1913-1916, 1916, 1917, 1919-1920 et 1923.

 
La complexité des données qu’il nous fournit ne permet pas d’aborder la question démographique dans le détail et d’accabler le lecteur de chiffres qui ne reflètent sans doute jamais tout à fait la réalité de l’époque. Nous avons préféré, pour illustrer la circonspection que tout un chacun doit conserver vis-à-vis de ces éléments qui prouvent cependant toujours le recul de la population israélite devant la population grecque métropolitaine à laquelle s’ajoutent progressivement les Micrasiates, citer un exemple judicieusement fourni par l’auteur, exemple qui nous permettra de méditer sur l’une des multiples difficultés auxquelles peut se heurter celui qui s’avance sur le terrain,  ô combien mouvant, de la recherche historique et sur la prudence dont il doit toujours faire preuve dans ses affirmations. En 1923 Le Gouverneur Général A. Lambros avance le chiffre de 70.000 âmes pour la population juive de Salonique (sur une population totale de 201.000 âmes). Quant au préfet de Salonique, Io. Lazaros il prétend que cette population juive ne s’élève qu’à 47.289 habitants sur une population de 266.679 âmes. Qui croire ? Le Gouverneur Général, car son rapport ne s’adresse qu’au Ministère de l’Intérieur, tandis que celui du préfet qui a le même destinataire était en fait rédigé à l’attention de la Société des Nations et il fallait, pour des raisons de politique internationale dont le dessein ultime était de prouver que Salonique était bien une ville grecque,  en augmentant la proportion grecque de cette population, réduire les éléments dits “allogènes” dont faisaient partie les Juifs.



      La seconde partie de l’étude consacrée à l’enseignement israélite  - écoles, élèves et corps enseignant - est également pleine d’informations chiffrées essentielles sur ce champ de bataille qu’a été l’instruction à Salonique, où la Grèce a tenté avec plus ou moins de bonheur d’imposer son propre système public en s’opposant à la multitude d’établissements dits étrangers ou privés auxquels appartenaient les écoles juives confessionnelles ou laïques.

C’est sur le survol des activités professionnelles que S. D. Loukatos conclut ce travail qui nous est apparu comme un apport de valeur à la connaissance de la communauté juive de Salonique, parce que fondé sur des données concrètes et non plus sur de vagues approximations. Grâce à de tels historiens soucieux d’objectivité, l’image de Salonique ville juive dont il ne reste que peu de choses actuellement mais qui vit si intensément dans le souvenir de ceux qui l’ont connue ou de leurs descendants, prend une consistance et une réalité contre laquelle nul contradicteur de bonne foi ne trouvera d’arguments valables3.

Bernard Pierron

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