Itinéraires exemplaires : Fragments d’autobiographie, Récit d’une enfant cachée Andrée Chicurel


Andrée, née à Paris, était une fillette de onze ans au début de la guerre, très légèrement plus âgée que Bellina donc, et cette faible différence - parmi d’autres -  se ressent tout au long de son récit.

Alors que le premier reflète les événements au travers d’un regard d’enfant, le présent livre est plus distancié, analysé, écrit par une adulte professionnelle de la rédaction. Il gagne donc en qualité d’écriture ce qu’il perd en spontanéité enfantine.

Andrée fut l’une de ces enfants que le “réseau Marcel”, opérant à Nice entre 1942 et 1944 prit en charge au moment le plus crucial de l’occupation allemande - ayant à Nice succédé à l’occupation italienne - pour la cacher successivement en divers lieux de France, la séparant de ses père, mère et frère pour sauvegarder sa vie.

On ne dira jamais assez l’admirable sang-froid et le courage quotidien des merveilleux animateurs de ce réseau, Moussa Abadi et Odette Rosenstock.

Une “Association des enfants cachés”1 s’efforce avec succès de maintenir la mémoire et de rapprocher entre eux les adultes maintenant vieillissants qui ont bénéficié de telles actions salvatrices, continuant de rechercher pour les honorer les personnes, familles et institutions - parfois religieuses chrétiennes - qui ont dans la modestie tant contribué à sauver des vies.

Albert, le père d’Andrée, était Salonicien, sa mère Anna Ciprut était née à Edirne (Andrinople). L’auteur les recadre dans le contexte historique et expose entre autres ce que furent Salonique et sa civilisation au cours des siècles, remontant jusqu’à l’expulsion d’Espagne.

Les parents, commerçants d’une petite aisance, organisèrent assez bien l’exode en juin 1940 et les diverses errances qui suivirent. A l’été 43, au moment des rafles à Nice, la mère d’Andrée “ne perdant pas son sang-froid, aborda dans l’autobus une religieuse et la supplia de me cacher dans son couvent. La bonne- sœur accepta sans hésiter et ma mère me conduisit sur le champ dans un pensionnat pour jeunes filles...”


Ce pensionnat dont Andrée ne se souvient pas du nom accueillit treize autres fillettes juives.

L’occupation allemande s’acheva pour elle dans un autre pensionnat catholique, du Gard celui-là, à “la Sainte Enfance”, par le passage à grande allure, dans les journées de la mi-août, des premiers éléments de l’armée américaine, distribuant chewing-gum et chocolats, suivis de sa propre mère qui vint bientôt la chercher. Elle avait 15 ans.... et la chance de retrouver père, mère et petit frère !

Jean Carasso

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