Des engagés volontaires juifs pendant la guerre de 1939-1945 - Angèle Saül


Notre lectrice évoque un épisode de la guerre de 1939 -1945 que certainement peu d'entre nous connaissent.
C'est pourquoi nous passons volontiers son appel à témoignages.

Plus de 45 000 étrangers sont venus servir la France de 1939 à 1945 : Polonais, Autrichiens, Tchèques et Espagnols réfugiés en France avant la déclaration de la guerre. Ils s’engagèrent dans les régiments de la Légion Etrangère, certains furent versés dans les unités françaises à titre d’étrangers.

Leur but : se battre contre Hitler et servir la France qu’ils considéraient comme leur seconde patrie.

1500 Juifs se sont engagés volontaires, dont certains judéo-espagnols turcs ou apatrides. Ce fut le cas de mon père.

Après la défaite de l’été 1940, tous furent “démobilisés”, arrêtés et internés par mesure administrative des autorités de Vichy dans différents camps en Afrique du Nord. Ils ont rejoint là des résistants communistes juifs ou non, socialistes, antifascistes, républicains espagnols, membres des Brigades Internationales de la guerre d’Espagne.

Ils furent dessaisis de leurs pièces d’identité et l’on porta sur leur livret militaire : “démobilisé et affecté au groupement des Travailleurs Etrangers” (Septembre 1940). Un certificat de bonne conduite leur a été décerné pour leurs loyaux services. Ils ont ensuite été incorporés dans les Unités de Travailleurs.

Ils n’étaient plus des militaires, mais des civils encadrés militairement. Ils n’étaient plus des engagés volontaires, mais des travailleurs étrangers. Dix mois de sacrifices leur valurent d’être condamnés à quatre ans de travaux forcés en moyenne.

Pour Vichy, ils avaient perdu leur titre de combattants français. Ils n’avaient plus que la qualification “d’ennemis de l’Allemagne”.

Leur livret militaire portait : “engagé à titre étranger pour la durée de la guerre contre l’Allemagne”. La collaboration avec l’Allemagne et la xénophobie de Vichy commençaient.

A ceux qui protestaient contre l’indigne traitement qui leur était réservé, ils fut répondu qu’ils avaient servi “l’ancienne France”, celle de Blum, d’Herriot et de Daladier, leur présence étant à ce jour indésirable sur le sol français. Ils ne purent avoir recours ni à la Convention de Genève ni à la Croix-Rouge.

Pour être libérés de ces travaux forcés, il leur fallait présenter un contrat de travail qu’il était bien difficile de se procurer depuis ces camps, et verser de l’argent. La plupart étaient astreints à des travaux pour lesquels ils n’étaient pas préparés, dans les mines, sur les routes ou à des constructions de barrages etc. Il y eut ainsi douze camps au Maroc et quarante en Algérie.

Mon père fut transféré à Bou Arfa, au Maroc. Les internés y creusèrent le premier tronçon du Trans-saharien, du Méditerranée-Niger qui allait de Bou Arfa à Kenadza, travaux inaugurés le 27 mars 1941 par le ministre Berthelot et d’autres membres de l’Administration envoyés par le Maréchal.

Les conditions de vie étaient très difficiles, le travail harrassant sous un soleil meurtrier et les pluies parfois torrentielles, avec une température pouvant descendre jusqu’à - 10°.

Ceux qui essayaient de se révolter étaient transférés dans des camps disciplinaires qui prirent l’allure de véritables bagnes (surveillants armés qui frappaient sans raison, manque d’hygiène, maladies etc.). Les responsables de ces camps s’étaient pour la plupart engagés dans la Légion pour purger leurs fautes...

Le procès de ces tortionnaires eut lieu le 17 février 1944 après le débarquement des Anglo-Américains qui délivrèrent les prisonniers.


Peu d’écrits existent sur ces camps en Afrique du Nord. J’ai pu consulter quelques articles au CDJC à Paris1 , photocopier des documents (liste des travailleurs au camp de Bou Arfa avec leur nationalité, profession et âge).

Mon père a tenu un journal quotidien entre janvier 1941 et février 1942 permettant de mieux cerner la réalité au jour le jour.

Il est décédé le 9 septembre 1979. A l’occasion du 17ème anniversaire de sa mort, j’aimerais que des recherches sur cette période de la guerre et ces camps puissent être entreprises.

Je lance un appel pour retrouver quelques témoins (qui doivent avoir entre 75 et 85 ans) ou descendants qui auraient conservé des documents personnels. Ensuite j’aimerais rencontrer un étudiant en Histoire, ou un historien qui pourrait, à partir des documents collectés enrichir et enregistrer la mémoire collective.

Mon père, Albert Haïm Saül, engagé volontaire dans la Légion Etrangère pour la durée de la guerre a été arrêté et interné au camp de Bou Arfa du 22 septembre 1940 au 17 mars 1943. Sa jeune femme de 22 ans a été arrêtée et envoyée à Drancy le 18 mars 1943, déportée une semaine plus tard à Lublin-Maïdanek, sans retour.

Ce n’est qu’en 1947 que mon père a pu regagner la France2.

Angèle Saül

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