Remember A New-York, les plus jeunes se souviennent et publient


Isaac Gerson vit de nos jours à New-York, auprès de sa femme Bella et des familles de leurs trois fils.

Isaac, né à Salonique, soldat grec en 1940, a passé le restant de la guerre prisonnier, puis évadé en Suisse. La guerre terminée, les hasards de sa libération lamènent à Lyon où, cherchant des Sépharades, il rencontre Bella et Lena Guerchon, deux sœurs rescapées dAuschwitz. Il épouse Bella dès leur retour à Salonique.

Voici ce qu’
il écrit, le 27 mai 1947 à des cousins de Paris, Rosina Florent et son frère Edmond Saül, depuis leur commune ville natale, leur ville vidée des parents, des amis, leur ville vidée de ses Juifs1.

Carissimos Rosine, Edmond i famille.
Antes de vos contar mi passadia, quiero dizir lo que mi dest
ino mi reservava, quiero demandar por vouestra saloud i espero que todos estach bouenos i ya poueditech arressentarvos despues de esta grande catastrophe que se abatio en el moundo i sovre todo en la cavessa de todos mouestros queridos.

(.....) Aqui en
Salonique, la vida quedo la mezma, solo mouestra communita que era la communita la mas florissiente del Orient, se pouede dizir que disparisio : de 60000 miembres que contavamos al 1940, oy quedimos solo 2500 almas i todos visan oun dia a quitar esta civdad que para mosotros tiene el aspecto de oun grandissimo cimetiero.

Aqui, las groutas que teniamos como tambien las casas onde moravamos foueron occupadas i no tenemos esperanssa de poueder retornarlas. Malgrado todo esto semos ovligados de continuar la vida i percourar de engrandesser mouestro pouevlo. Por segouro que ya ambesarias que me casi dezde mi arrivo aqui i oy ya tengo a mi padre, tengo un ijico de 7 meses, lo Simonic
o.....”

Presque cinquante années ont passé. Isaac et Bella ont mis leur projet à exécution et se sont installés aux Etats-Unis où le petit Simon a grandi. Ses parents lui ont donné deux frères. Ils sont devenus parents à leur tour. Chacun a une bonne situation. Les petits-fils, à la grande fierté des grands parents, font leur Bar-Mitzva. Où ? Eh bien à la synagogue fondée par Isaac, Bella et leurs amis : celle où se trouve aussi le siège du Sephardic Jewish Center of Forest Hills. En cette occasion, qui sont les invités ? Les amis bien sûr, dont ceux dIsaac et Bella comme eux natifs du monde sépharade, du monde perdu ; comme Bella ils sont pour la plupart rescapés de la déportation et, ensemble, ils peuvent parler de leurs souvenirs de lenfer.

Les grands enfants, d’aussi loin quils se souviennent, ont entendu ces récits, par bribes, ou racontés de la voix ferme de Bella. Avec dautres enfants de déportés, ils décident un jour de rassembler en un livre tous les pauvres souvenirs - photos surtout, de familles (mère et fille, frères et sœurs, bébés, cousins), damis - photos de mariages, de groupes sportifs, photos du temps des loisirs - du temps de la vie à Salonique, la vie d’avant. Témoignages daprès, aussi, une cérémonie en 1947 au nouveau cimetière juif de Salonique, sous la conduite du rabbin Molho etc. Tous ces noms de parents et amis, liens de familles, dates de naissances, pour des personnes disparues à Birkenau, nous déchirent. Parfois ce sont des photos de survivants et de leurs familles fondées après. Ils nous donnent leur numéro de déportés. Les dames sont superbes, vraies belles Saloniciennes à la mode américaine, raffinées et portant haut leur vie. Comme une revanche. Comme la preuve que, malgré tout, la dignité du peuple juif a é préservée. Elles sont le témoignage éclatant de leur obstination, de leur foi en la vie, de leur désir toujours si fort de refuser la brisure. Leur désir d’être. Elles sont émouvantes et admirables. 
Et leurs enfants ont bien compris le message. Car ce sont eux, Children of the Survivors of the Holocaust in Greece2 qui se sont constitués en association, ont rassemblé les photos, les ont légendées à l’aide des souvenirs de leurs parents. Ce sont eux qui, en 1994, ont recueilli les témoignages des survivants, les ont rédigés et inclus dans une perspective historique plus large sur la déportation des Juifs de Grèce. Ce sont eux qui ont obtenu dElie Wiesel un avant-propos où il souligne l’absence de publication sur cet aspect du génocide des Juifs. Les enfants devenus grands ont dressé un monument de papier à la mémoire de leurs parents et des souffrances endurées. Afin que les petits-enfants sachent. Afin que tous sachent et que nul noublie.

Mireille Mazoyer-Saül
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