Mon chemin depuis Grodno (en russe) - Daniel Klovsky

Chez lauteur : Volgsky Prospect 43/30 Samara 443071 Russie. Ouvrage tiré à 20 000 exemplaires, ce qui nous indique la considérable diffusion possible dun livre de souvenirs de camp allemand, en Russie actuelle...


La Lettre Sépharade” n° 14 évoquait la figure du docteur Simon Lubicz qui sauva la vie de nombreux déportés alors quil était médecin à l’infirmerie du camp de Buna-Monowitz.

L’un deux, Daniel Klovsky, professeur à Samara (précédemment Kouybichev) a publiécemment ses souvenirs de déportation, rendant longuement hommage au docteur Lubicz, originaire comme lui-même de la ville de Grodno1, et auquel il doit d’avoir survécu, dune manière qui lui parut alors proprement miraculeuse.

Voici quelques étapes de son “Chemin depuis Grodno” jusqu’à sa libération.

Lorsque les Allemands envahissent la Pologne en 1941, les Juifs sont massacrés sur place par villages entiers, sauf ceux qui peuvent être immédiatement utiles à l’armée doccupation. Cest le cas de son père, serrurier hautement qualifié, qui le garde près de lui (Daniel a 13 ans à l’époque) et le met au travail dans le ghetto de Grodno où ils sont enfermés.

Fin 1942, ce ghetto est vidé de ses occupants envoyés à la mort, et les artisans qualifiés expédiés au ghetto de Bialystok, avec leur famille.



En mars 1943, Daniel est atteint d’une congestion pulmonaire soignée à l’infirmerie d son père le retire non guéri, geste prémonitoire, le 16 août à l’évacuation de ce ghetto. Toute la famille est déportée, sauf père et fils. Ils ne reverront jamais personne de la mère et des frères et sœurs.

En janvier 44, les deux arrivent au camp d’Auschwitz, immatriculés 171818 et 819. Labondance des “8” leur semble un bon présage, équivalent en hébreu du “H” de Haïm, la vie...

L’état de santé de Daniel empire sans cesse mais le père - convaincu par les anciens - nen dit rien à personne, et tous deux sont envoyés travailler à Monowitz. Là, le bruit court qu’à l’infirmerie on est effectivement soigné par des médecins eux-mêmes déportés de France, le docteur Weitz et le docteur Lubicz. Daniel reçoit des soins pour son abcès purulent au poumon droit. Il reste environ un mois couché, dans une atmosphère qui l’étonne, de solidarité et de fraternité, le docteur Lubicz, son compatriote de Grodno, veillant personnellement sur lui.

Son séjour se prolonge, grâce à un réseau de complicités quil entrevoit petit à petit : falsification des documents, cache même dans la morgue lors du passage de la commission médicale de sélection.



Il apprendra par bribes qu
il existe à l’intérieur du camp tout un réseau antifasciste de résistance, constitué essen-tiellement de communistes, juifs ou non, “politiques” porteurs du triangle rouge. Peu à peu il commence à être envahi dune grande fierté à voir tous ces hommes risquer leur vie avec intelligence et courage, non plus compagnons dinfortune, dit-il, mais cama-rades de combat.

Mais en fin de 1944 il est renvoyé au travail, toujours en compagnie de son père qui lui-même a repris espoir. Il est pourtant faible et les 7 km de marche matin et soir pour aller et venir du chantier l’épuisent. Tout à coup il est affecté aux bureaux de l’infirmerie et comprend que ça nest pas un hasard : lorganisation clandestine de résistance essaie de sauver les plus jeunes pour conserver des témoins.

A l’approche de lArmée Rouge, père et fils sont évacués vers Büchenwald avec dautres survivants de Monowitz.

Sa libération ne marqua pourtant pas la fin de ses malheurs : il faillit bien se retrouver dans un camp soviétique, la doctrine habituelle à l’époque étant quun Russe ou Polonais ayant survécu aux camps nazis avait nécessairement collaboré avec l’ennemi...

Lucette Vidal

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