Le camp de la mort lente Jean-Jacques Bernard

Albin Michel, Paris 1944. épuisé. En bibliothèque seulement, à l’Alliance Israélite Universelle par exemple, la plus importante judaïca d’Europe, rappelons-le, 45 rue La Bruyère 75009 Paris.
J.J. Bernard, auteur dramatique dune certaine notoriété, a cinquante-trois ans en décembre 1941 lorsque la police allemande vient larrêter à son domicile.

 
Il ne comprend guère pourquoi : nest-il pas, lui, un “Français de confession israélite” qui n’a rien à se reprocher?

Il se retrouve bientôt avec des centaines dautres juifs français raflés comme otages, au camp de Compiègne-Royallieu dont il nous explique le fonctionnement.

Quatre camps juxtaposés : un de communistes et politiques, un d’étrangers dont des Américains, un de Russes blancs et rouges mêlés, et un dotages juifs dans lequel il est intégré.

La nourriture est peu abondante et fort médiocre dans cette partie du camp, un peu moins rare dans les autres. D quelques solidarités qui sesquissent difficilement à cause des surveillances et contrôles. On ne travaille pas, on sennuie, et les intellectuels, juges, industriels, écrivains, essaient dorganiser des conférences.

On reçoit quelques colis de lextérieur que lon partage généralement : ça nest pas la jungle. 
Il ne sagit que dun camp dinterne-ment, lencadrement allemand nest pas fanatisé.

Quoi quil en soit, après trois mois de séjour, J.J. Bernard est très amaigri et accepté à l’infirmerie du camp des Russes, beaucoup mieux équipée, et surtout disposant de plus de nourriture.

 il est soigné par le docteur Lubicz qui, assisté de deux autres médecins russes compétents, sous contrôle du médecin allemand (“ici je ne suis quun caporal” lui explique Lubicz) lui vient en aide autant qu’il peut avec “un dévouement inlassable, admirable”1Plusieurs de ses co-détenus meurent pourtant de sous-alimentation dans le camp des otages juifs. Chaque semaine voit toutefois quelques libérations.

Et la sienne survient un beau jour de mars 1942 où il est accueilli par son épouse qui na jamais abandonné la lutte pour le faire libérer2.

Ce que nous retiendrons ici - car ce livre est trop déphasé relativement à la Choah dont l’auteur navait pas connaissance lorsquil écrivit son texte en janvier/mars 1943 - est cette appréciation sur le docteur Lubicz, dont il est dailleurs maintes fois question ailleurs dans le livre3 

Je noublierai pas le dévouement du docteur Lubicz. Je noublierai pas les soirées où, avant d’aller se coucher, il venait faire un dernier tour dans les salles, sy attardant parfois jusqu’à près de minuit, écoutant la respiration de ceux qui dormaient, sarrêtant un instant devant ceux qui ne dormaient pas, sasseyant parfois sur le lit de lun de nous, bavardant longuement à voix basse, apportant à l’un ou à l’autre, selon les soirs, apaisement, réconfort. Ce médecin prisonnier, séparé depuis de longs mois des êtres qui lui étaient chers, avait su élever sa tache ingrate à la hauteur d’une mission.  

Et encore ne faisait-il pas tout ce quil voulait...” 

JC

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