New Horizons in Sephardic Studies*

collectif sous la direction de Yedida Stillman & Georges Zucker.

*State University of New-York Press, State University Plaza, Albany, NY 12246 USA. 25$ port inclus.
Dans leur préface à ces “Nouveaux Horizons”, Yedida Stillman et Georges Zucker insistent sur la nature interdisciplinaire des études sépharades touchant à l’histoire comme à la philosophie, à la linguistique comme à la littérature, à l’ethnographie ou au folklore.

Les vingt-deux contributions réunies dans ce volume constituent une belle illustration de ce caractère hybride, véritable “auberge espagnole” : deux études sur les Sépharades italiens, trois sur les effets de l’Inquisition en Amérique latine, des essais sur Maïmonide et Abravanel, et une place royale accordée au judéo-espagnol.

On lira avec intérêt l’article de Georges Zucker sur les problèmes de transcription des textes sépharades : l’auteur rappelle d’abord certaines difficultés typographiques et phonétiques de l’aljamiado - le judéo-espagnol en caractères hébraïques, dits communément rachi - pour représenter par exemple les sons “j” ou “tch”, inconnus de l’alphabet hébreu.
Le second processus de transcription du judéo-espagnol - en caractères latins cette fois - ne s’est pas fait sans mal non plus : il n’y a toujours pas de système accepté universellement et selon que l’on a affaire à un transcripteur de langue française, anglaise ou turque, le même son s’écrit respectivement “ch”, “sh” ou “s”. Il faut donc, selon Zucker, unifier l’écriture du judéo-espagnol en tenant compte des prononciations dialectales, des transcriptions hébraïques premières - mais contenant parfois des erreurs - et en utilisant des symboles de notation accessibles à tous.

L’article d’Isaac Jack Lévy et Rosemary Lévy-Zumwalt, une conversation tissée de refranes savoureux, permet de replacer des proverbes dans leur contexte, ce qui leur donne souvent une richesse supplémentaire pas toujours perceptible dans les recueils. 
Il s’agit ici de décrire la situation dans laquelle on fait appel à ces proverbes, d’en expliquer l’application et les diverses connotations : l’ironie dans Venid, sinyor, vos ambezare a azer hijos1 ou la sagesse dans Ojos ke no ven, korason ke no yora
Les auteurs situent l’origine géographique et linguistique de chacun de ces refranes, avec d’éventuelles spécificités dialectales, rappellent aussi le contexte social et les traduisent, le tout avec une bonne dose d’humour.

On trouvera également des analyses originales sur un conte populaire, sur une tradition liée à la grossesse, sur des chants de mariage. Parmi les auteurs, on relèvera plus d’un nom connu, comme ceux de Shmuel Trigano ou de Paloma Diaz-Mas. La qualité des articles est inégale, certains ne portent pas vraiment sur la culture sépharade, d’autres sont trop exclusifs par leur sujet pointu, mais l’entreprise dans son ensemble a le mérite d’apporter un joli aperçu de cette riche mosaïque que sont les études sépharades.


Brigitte Sion
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