Cronica

Cronica Sourmeli 2 GR 104 39 Athènes.

Très intéressant numéro de janvier-février, consacré au Congrès International de Salonique : “Macédoine et Thrace 1941-1944. Résistance et Libération”.
Compte rendu effectué par Bella Aron.

Dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire de la libération de la Grèce du Nord, une série de manifestations se sont déroulées à Thessalonique en décembre 1994. Entre autres, l’Institut d’Etudes de Chersonèse, en collaboration avec la section d’histoire moderne et contemporaine de l’Université Aristote a tenu un colloque international.
Bella Aron insiste sur les trois interventions suivantes dont elle a noté l’intérêt particulier :

Alberto Naar a évoqué les chansons populaires sur l’Holocauste des Juifs de Thessalonique. A l’aide d’enregistrements interprétés par des survivants des camps, il a fourni des éléments historiques sur l’arrestation, le transfert, les conditions de survie des Juifs déportés, tout en faisant apparaître leur lien avec la patrie grecque - ces chansons utilisant en général la mélodie des chants populaires grecs. Alberto Naar a insisté sur l’importance historique de ce matériau encore insuffisamment exploité.

Le professeur
Panayotis Kouparanis a traité des archives juives de Thessalonique. Il s’agit des archives des Communautés juives de Grèce volées par les Allemands, puis transférées par les Russes à Moscou où elles se trouvent toujours1.

C’est le commando allemand Rosenberg qui avait procédé, avec une redoutable efficacité, à la recherche et à la saisie de ces archives. Il possédait des listes précises et détaillées des lieux de stockage, ce qui ôtait pratiquement toute possibilité de dissimulation.

Les Russes ont nié l’existence de ce fonds jusqu’en 1990. Il n’était accessible qu’au KGB et organismes semblables. En 1992 des repré-sentants de Yad Vashem ont pu les voir. Celles de la communauté de Thessalonique - à la différence de celles d’Athènes - n’ont encore fait l’objet d’aucun classement et n’ont pas été exploitées, du fait de leur rédaction en de nombreuses langues : grec, turc, hébreu, judéo-espagnol écriture rachi ou latine, bulgare.

La correspondance avec les Communautés de l’intérieur et de l’extérieur de la Grèce fournit des éléments détaillés sur tous les aspects de la vie juive, la situation des communautés sous le gouvernement de Metaxas, les problèmes pédagogiques, des contrats de mariage, des décisions du Beth-Din, des correspondances bancaires ainsi que le registre des membres de la Communauté avec photographies.

L’exposé de Mme Yaële Feldman fut consacré à la participation des Juifs dans la résistance en Macédoine. 


On manque d’éléments sur le sujet et on s’appuie essentiellement sur les travaux de l’historien Steven Bowman portant sur la libération de la Grèce du nord par les résistants, ainsi que sur des éléments se trouvant à Yad Vashem, à la Hagannah et sur la conférence donnée il y a dix ans maintenant par Yossif Matsa. Ce dernier citait 655 maquisards juifs appartenant à l’ELAS parmi lesquels des médecins, des infirmières, des savants. Selon les sources de Yaël Feldman, il y avait au printemps 1943, 200 Juifs de Grèce dans la résistance, tandis que l’écrivain Photiadis évoque la présence de 1000 Juifs grecs dans le maquis, à l’époque où l’ELAS recrutait ses membres à l’Université.

Parmi ces résistants sont nommément cités Itzak Mossé, Daisy Carasso, Albert Prisnali (de Serres), Esther Yashbetes (de Larissa) qui opéra sur l’Olympe, avec son mari de Kavala - ainsi qu’un officier de l’ELAS, l’infirmière Fanny Florentin, Marco Carasso. La plupart de ces témoignages émanent de Juifs qui ont émigré en Israël après la guerre. Ces témoignages ont commencé à filtrer en 1980, après le changement de la situation politique en Grèce, quand la contribution de la résistance nationale au combat pour la libération connut un début de reconnaissance.

Dossier traduit du grec et établi par Lucette Vidal
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