Turkey and the Holocaust - Stanford J. Shaw

424 pages, New-York University Press 1993 70 Washington square south New-York, NY 10012 55$ port inclus. Aussi bien à la Sephardic House de New-York
Certains estiment quon parle trop peu du rôle unique et remarquable joué par la Turquie dans le sauvetage des Juifs d’Europe condamnés à mort par les nazis. L’excellent livre de Stanford Shaw, professeur dhistoire turque à l’université de Los Angeles rappelle d’abord les moyens déployés par la Turquie dès 1933 pour accueillir les réfugiés juifs fuyant lAllemagne nazie, parmi lesquels d’éminents chercheurs nommés à l’université d’Istanbul.

En 1934, la Turquie sengage de manière plus idéologique en interdisant les partis pro-nazis. Petit à petit, elle cesse aussi de renvoyer dans leur pays les Juifs allemands et italiens qui, devenus apatrides, auraient dû quitter le sol turc. L’aide pratique aux Juifs turcs seffectue avant tout à l’étranger, notamment en France, où ils sont 10000 à l’époque (dont 3381 à Paris).
Stanford Shaw explique l’évolution de la situation politique en France, rappelle les dates et les évènements les plus funestes de loccupation pour mieux éclairer laction de la diplomatie turque en faveur de ses ressortissants mais aussi de tous les Juifs qui ont, parfois depuis longtemps, renoncé à leur passeport turc, baptisés “citoyens irréguliers” mais aidés autant que les “réguliers”.

En 1942, le consulat turc délivre des certificats de citoyenneté pour épargner à ses Juifs les effets des lois anti-juives de Vichy. Shaw décrit dans le détail plusieurs cas de Juifs turcs internés à Drancy puis ramenés à Paris ou Marseille après intervention des autorités turques qui se chargent aussi dannuler des poses de scellés ou des séquestrations de commerces.
Hors de France, où vivent à l’époque 10000 Juifs turcs, notamment en Grèce, la Turquie fournit à ses ressortissants de faux papiers et étend son action bienfaitrice aux Juifs dEurope de lEst (surtout Roumanie et Hongrie) : plus de 75000 réfugiés reçoivent des visas dimmi-gration ou de transit pour la Turquie, leur permettant de gagner ensuite la Palestine.

En mettant sur pied plusieurs réseaux, légaux et clandestins, pour 100000 réfugiés juifs (dont un quart de Turcs) pendant les heures sombres de la guerre, la Turquie, dans le droit héritage de la politique ottomane, a confirmé sa réputation de terre dasile. Le livre de Shaw, à la fois simple et documenté, fouillé et passionnant, lui rend un bel hommage.

Brigitte Sion

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