Mémoire de la Choah Marseille, Vichy et les nazis

Amicale des déportés dAuschwitz 77 rue Grignan 13006 Marseille. 117 F. port inclus.

Ce livre qui nous a échappé lors de sa parution au début de 1993 est dune certaine manière exemplaire.

Il s’agit dun collectif réalisé par des historiens, avec le concours du Centre National des Lettres, à la demande de l’éditeur, et précédé d’un texte fort intéressant de Pierre Vidal-Naquet.

L’arrestation en vue de la déportation des Juifs de Marseille sest effectuée en deux temps principaux : août et septembre 1942 pour les étrangers et les 22 et 23 janvier 1943 pour les Français et dautres étrangers repris entretemps.

Fin 1942, les Juifs étaient environ 18000 dans les Bouches du Rhône, majoritairement à Marseille, selon le recensement mis en place par les autorités de Vichy dès juin 1941. Communauté plurielle : peu de comtadins, des judéo-hispanophones proprement sépharades souvent arrivés entre les deux guerres, des ashkénazes installés là le plus souvent depuis la fin du siècle précédent et des maghrébins.

Quelle que soit leur origine, leur respect pour les institutions et la confiance traditionnelle dans la République française (pourtant abolie à ce moment...) font que les Juifs se font recenser, encouragés en cela par leurs dirigeants, religieux ou civils !


En 1941 et 42 - avant l’arrivée des Allemands à la mi-novembre 42 donc - les mouvements d’internement (mais parfois d’élargissement) sont nombreux au camp des Milles, en principe pour rassembler les Juifs non-français et leur permettre un départ vers l’étranger. Ce qui fut parfois le cas. Mais le 2 juillet 42 déjà, Bousquet s’était engagé à livrer à l’Allemagne 10000 Juifs étrangers de zone non-occupée, et fait pression sur les préfets pour quils sy emploient efficacement. Près de 2000 personnes partent des Milles vers Drancy puis plus de 1500 de là vers Auschwitz.

Il est clair dans ce cas despèce comme dans dautres que la volonté de Vichy précéda les exigences allemandes.

Il est fait observer au passage combien le statut français des Juifs est imité de la législation italienne, antérieure, même si peu appliquée, elle1.

Le convoi 52 du 23 mars comprend 994 personnes, et, de Drancy, se dirige sur le camp dextermination de Sobibor, dont personne ne reviendra. Le convoi 53 du 25 mars vers la même destination comprend 1000 Juifs de Marseille, français et étrangers, dont 5 survivaient en 1945.

Le livre nous offre 31 témoignages de raflés ayant pu s’évader - souvent grâce à la connivence, au moins passive, de gendarmes français - ainsi que de déportés de convois ultérieurs, vers Auschwitz ceux-là, et qui ont eu la chance de revenir. Plusieurs de ces derniers animent l’Association éditrice du livre, et se retrouvent aussi aux soirées organisées par Vidas Largas. Ils nous rappellent, avec un chagrin qui ne sestompe pas, le fait que 80% des Juifs de Marseille arrêtés lors de ces rafles des 22 et 23 janvier 1943 étaient des hispano-phones de Turquie et de Grèce.

Ce recueil est un ouvrage important, exem-plaire par sa rigueur.


Jean Carasso
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