Mémoire d'avant : La Communauté israélite de Volos - Raphaël Frezis

(en grec) 
1994. Chez l’auteur, Raphaël Frezis, Odos Vasani 57 GR 383 33 Volos. 


       Jusqu
’à la Choah, une trentaine de communautés juives importantes étaient réparties sur lensemble du territoire grec. En 1947, certaines dentre elles sont totalement rayées de la carte tandis que celles qui ont survécu ne comptent plus parfois que six ou sept membres. Avec lextermination de ces hommes et de ces femmes, la destruction ou la perte des archives, cest une partie importante de la mémoire du judaïsme grec qui disparaissait, majoritairement sépharade, et la quasi impossibilité dans bien des cas de retrouver les structures des communautés, den recréer la vie quotidienne à partir de rares documents.

Dans chaque communauté qui comprend encore un noyau actif, des hommes se consacrent à tirer des documents de l’oubli, à creuser leur mémoire lorsquils ont vécu les évènements cruciaux de notre siècle et à publier des travaux savants et bien informés au travers desquels leur communauté revit. Ils assurent ainsi la sauvegarde d’une culture qui a failli être totalement effacée du sol de lHellade. Parmi ces chercheurs obstinés, il suffira de citer Ezra Moysis de Larissa qui est possesseur darchives de valeur auxquelles tout chercheur a libre accès, et qui publie divers travaux concernant sa ville traditionnellement appelée Madre de Israël.

Cest également dans le cadre de ces études que Raphaël Frezis, Président de la Communauté israélite de Volos, a publié cette année un ouvrage consistant intitulé justement “La Communauté israélite de Volos” dans lequel il entreprend de fournir au lecteur le maximum dinformations sur elle ; histoire, éducation, sionisme, vie religieuse, culturelle et économique... En raison de la variété des éléments qui constituent la substance de ce travail, il est difficile de qualifier louvrage de R. Frézis : tout à la fois étude historique et chronique de la vie quotidienne dune petite communauté grecque, il intéresse essen-tiellement les Juifs voliotes vivant encore en Grèce ainsi que ceux dispersés dans le vaste monde, car il représente la sauvegarde de la mémoire de leur communauté sous la forme très maniable dun livre de 327 pages qui abonde en éléments darchives. 



Par ailleurs, en raison même de cette richesse documentaire, les chercheurs en quête d
informations précises et circonstanciées dans le domaine de lanthroponymie par exemple, trouveront là un trésor de noms de familles et de prénoms dont beaucoup sont sépharades. De ce point de vue, le livre est une véritable mine de renseignements et il serait intéressant de voir reconstituer ainsi chacune des communautés qui ont fleuri avant le second conflit mondial. L’auteur, en se basant sur des archives minutieusement dépouillées, traite en profondeur les domaines quil aborde avec l’évident souci de parvenir à une étude exhaustive de son sujet. Une autre qualité de cet ouvrage, qui en fait un véritable album com-munautaire, est labondance des illustrations qui sont au nombre de plus de deux cents.

Mais ce livre n’est pas quune compilation. Raphaël Frézis se livre à une analyse des conditions d’existence des Juifs voliotes dans lenvironnement grec après avoir tracé un rapide tableau de l’histoire de la Magnésie, département situé au sud-est de la grande province de Thessalie. Ainsi il évite au lecteur étranger qui na pas forcément des connaissances approfondies de cet environ-nement géo-historique dans lequel il semble que les israélites soient installés depuis le Ier siècle avant l’ère commune, davoir constam-ment une encyclopédie sous les yeux.

Jusqu’en 1850 environ, la communauté juive vit autour du kastro, la forteresse où résidaient généralement Turcs et Israélites. Et cest à partir de la seconde moitié du XIXème siècle que cette communauté se développe et que certains de ses membres quittent la havra dont l’atmosphère n’était guère salubre pour sinstaller au bord de la mer. Trois grandes familles d’origines différentes illustrent cette communauté : ce sont les Saporta, Sépharades de Salonique, les Barukh, Romaniotes de Janina, et les Siaki, originaires de la ville sicilienne de Sciacca, qui sinstallèrent à Mystra, puis à Khalkida et enfin à Volos. Si l’on se base sur cet échantillon, on constate que la population juive de la ville était tout à fait composite.



       Lors du rattachement de la Thessalie, jusqu’
alors ottomane, au royaume de Grèce en 1881, la majorité des Israélites voliotes adoptèrent la nationalité grecque. Durant la seconde guerre mondiale, sous la direction du grand-rabbin Moïse Pesah, homme dun charisme exceptionnel, nombre de Juifs de Volos sengagèrent dans la résistance avec lappui des autorités civiles et religieuses orthodoxes de la ville.

Actuellement, si l’on en croit le calendrier des manifestations que fournit R. Frézis, la communauté de Volos comportant 118 membres en décembre 1993 demeure très active. Quand lon connait la situation du judaïsme grec au lendemain de la Choah, les éléments rapportés par ce livre qui témoigne des efforts constants de la petite communauté voliote pour affirmer son existence, seraient tout à fait positifs, si les statistiques tenues depuis 1956 n’indiquaient une nette décroissance numé-rique. Nous nous devons de rappeler ici qu’avant la guerre pourtant, leffectif de cette communauté était suffisant - vingt familles au minimum selon la loi 2456/1920 groupées autour dune synagogue en activité - pour que son existence fût officiellement sanctionnée par le décret en 138 articles du 17 mars 1933 “De la reconnaissance du statut de la communauté israélite de Volos” paru au journal officiel de la République Grecque du 27 mars de la même année.

Cependant comme l’écrit R. Frézis avec sans doute quelque tristesse “en dépit de la diminution sensible de ses membres, la communauté poursuit sa vie et son histoire”.

Bernard Pierron
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