Le Musée de l’Holocauste à Washington



       Vouloir représenter la Choah dans un musée pour le grand public est un pari risqué
. Pourtant l’ouvrage inauguré à Washington il y a bientôt deux ans est une réussite quasi totale : larchitecture génialement pensée de James Ingo Fried (réfugié ici de l’Allemagne nazie en 1939) unit les marbres noir et gris, la brique, le béton, le bois, le métal et le verre dans de fines allusions aux trains, aux cimetières, aux mémorials, aux fours crématoires, à ce qui ne peut être exprimé qu’indirectement. La conception du bâtiment ne laisse quasiment pas passer la lumière du jour, ou alors en rais brisés, assombris, diminués, et plusieurs œuvres dart contemporain - le plus souvent minimalistes - prennent tout dun coup un sens éclatant.

Dans un tel cadre, les photographies, objets, documents et tableaux présentés, mémoire de ce qui nest plus, revêtent une puissance nouvelle et leffet de réel visé est une nouvelle victoire contre le négationisme : reconstitution de la vie du shtetl avec des éléments d’origine, témoignages des camps, rappels historiques, portraits de victimes et de survivants, espaces réservés à la méditation. 



Avec son énorme surface d
exposition, le Musée de lHolocauste tend vers lexhaustivité en évoquant aussi le sort des handicapés, des homosexuels, des gitans, en dénonçant linertie des grandes puissances face à la “solution finale”.

Cependant, le visiteur sépharade trouve peu de repères sur la déportaion massive et lextermination des Juifs de Grèce, de Yougoslavie ou dItalie. De temps en temps une photo de Macédoine, une mention de lorigine grecque dun objet, le passeport dun Juif romain, mais le choix est maigre, surtout au regard des conséquences tragiques autant quimmenses de la Choah sur lhéritage sépharade : où sont donc passées Salonique, Rhodes, Sarajevo ? le judéo-espagnol et les traditions aux accents ibériques ? Il nest pas trop tard pour combler ce manque attristant et somme toute insultant, et le musée se doit, par souci didactique, objectif et historique, de montrer plus d’images, de souvenirs, de textes et de chiffres sur le coup violent porté par la Choah au judaïsme sépharade. Car passer sous silence un pan aussi important de la vie juive anéantie, cest dune certaine manière la tuer une seconde fois.

Brigitte Sion



Responsabilité collective, responsabilité personnelle


Comment garder les yeux ouverts et la conscience en éveil ? DIstanbul, Maurice Alfandari nous communique une des réponses du Talmud, sous forme de question bien sûr:


Si je ne réponds pas de moi, qui répondra de moi ?
Mais si je ne réponds que de moi, suis-je encore moi ? 


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