Muestra lingua : Chemuél i la mujer kítan el kombíte a pleto delántre de los amígos


Chemuél Reynútcha, no séas indjústa kon mi en azyéndome rezil aki. Lo ke kyéro es azér buéna figúra kuándo resivímos ajénos. El ótro díya me se pudriyó la kárne de ver akéya petchéta arrugáda en la méza.

Reyna Si kyéres bivir a la gránde, mérkame un pálto muévo, ke el míyo esta yaganá ! La alzéte se la eskúrre !

Chemuél Ya (a)básta kon tus egzajerasyónes ! Di ké kyéres ke te page un pálto de kuéro ke ogányo es la móda, i ke agóra no sáles de káza si no estás vestída de púnta a pyé !

Reyna E si ! Verguénsa es ? O preféras ke dígan la djénte ke tu mujér es tchapatchúlla ?

Chemuél Tódos los ke te konósen sáven ke sos henóza. Ké impórta la móda ? Tú estarás kéynte, ke se búrlen la djénte !

Reyna kon las palávras dulses, syémpre la kítas. Entremyéntres, la kepra es yó, ke dévo de pasár otrún invyérno kon éste árremolto ke me da angústya de vérme alyéntro 

à suivre 



kombite : repas, banquet (souvent pranso dans ce sens).
Reynútcha : diminutif (affectueux) pour Reyna.
rezil (turc) ou rizil, comme dans le refran Oy vizir, amanyana rizil” = “aujourdhui vizir, demain risée (de tous)” = grandeur et décadence.
azér buéna figúra : faire bonne impression.
pudrir la kárne : pourrir la chair, avoir une honte énorme.
petchéta (ital.) : serviette. A Salonique : továja.
arrugár : rider, chiffonner. Kara arrugada : visage ridé - las arrugas : les rides.
bivír a la gránde : vivre au dessus de ses moyens.
yaganá (du turc : yaghane : huilerie, ici féminisé )
alzéte, à coté de azéte, azeyte (espagn. aceite). eskurrir : dégouliner. (mon manteau est tout maculé de gras...).
bastar, ou abastar : suffire.
kyerér à Salonique, mais kerér à Istanbul : vouloir, aimer, désirer. Le présent de lindicatif se conjugue ainsi : à Salonique : kyéro, kyéres, ... à Istanbul : kéro, kéres,... ogányo (esp. hogaño), proprement dit “cette année”, actuellement.
de púnta a pyé : de pied en cap.
tchapatchúlla (turc çapaçul) : malpropre, déguenillé, va-nu-pieds, féminisé en -la henóza (hébreu hen : charme, grâce, ordre). mas vale el hen ke el bien : sa mise en valeur vaut mieux que la valeur du bien. De hen, et très hispaniquement, dérive henóza : soignée, ordonnée.
kéynte espagnol : caliente, chaud, avec toutes les étapes intermédiaires qui co-existent en judéo-espagnol : kalyente, kayente, kaynte, kéynte. Lexpression proverbiale complète, en espagnol aussi bien quen judéo-espagnol peut sexprimer : que je sois bien au chaud, et que les autres se moquent sils veulent !
kitar : s’en tirer, réussir . Te la kítas de baldes : tu t’en tires à bon compte (pour rien).
keprár=kevrár : verbe formé sur l’hébreu kaparra, expiation, même racine que kippour : expier, souffrir.
árremo, plus souvent érremo (du grec eremos, désert) : abandonné, triste, satané, affreux, misérable, néfaste.

A propos de 
Muestra lingua”Jacqueline Toussié nous rapporte que, professeur d’anglais dans un lycée, elle a senti le besoin, en 1987 , après avoir assisté à un cours de judéo-espagnol dispensé par Haïm Vidal Sephiha, de commencer des études despagnol à la faculté, puis de judéo-espagnol.

Peu à peu, Jacqueline s’est sentie responsabilisée par la disparition rapide de cette langue, celle de ses géniteurs, et continue de ressentir de linsatisfaction : une langue, pour vivre, na pas seulement besoin d’être étudiée, mais avant tout d’être parlée.

Et tout cela a débouché, en 1994, sur la soutenance dun mémoire de maîtrise intitulé :

Idiolecte de mon entourage et de moi-même : le judéo-espagnol”.

Ce travail fut dirigé par Haïm Vidal Sephiha et Claude Fell.

Il analyse successivement le support espagnol proprement dit, les ajouts hébreux, turcs, français et autres , puis traite de la litté-rature, des contes et proverbes et s’achève par quelques réflexions sur la philosophie proprement judéo-espagnole1.  



Profitons-en pour rappeler à nos lecteurs de cette rubrique habitant la région parisienne que Haïm Vidal Sephiha, en dehors des cours que nous recensions dans notre précédent numéro, diffuse chaque jeudi de 16 heures à 16 heures 30 sur Radio J (94.8 FM) son émission “Muestra lingua ”.



De même, à notre information publiée dans le numéro précédent concernant les cours de judéo-espagnol dispensés par Marie Christine Varol dans le cadre de lINALCO, ajoutons ceux quelle propose, de littérature judéo-espagnole, un mercredi sur deux à lUniversité Séfarade Européenne , 52 rue des Vignes 75016 Paris, tel (1) 42 24 41 41.
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