Mémoires, 1941-1943 - Yomtov Yakoël

En grec, à la Fondation Ets-ha-Haïm - Paratiritis, Salonique , odos Grégoire V - 1993

Au cours de ces vingt dernières années en Grèce ont paru nombre douvrages concernant lhistoire et la culture des Juifs hellènes. Après lanéantissement presque total du Judaïsme grec par les nazis, la multiplication des études et témoignages le concernant est assurément un phénomène positif et le nombre de publications suffit pour montrer le désir de sauver de loubli un monde qui, il y a un peu plus de cinquante ans seulement, vivait sans le savoir ses derniers instants. La grande communauté salonicienne retient en priorité l’attention des chercheurs.

 C’est dans ce cadre que les éditions Paratiritis et la fondation Ets-ha-Haïm de Salonique ont entrepris de rendre accessibles des documents et témoignages sur cette époque.

Les Mémoires de Y. Yakoël sinscrivent dans cette série. Né en 1899 à Trikala, il étudia le droit à Athènes pour ouvrir en 1923 avec son condisciple Asher Moïssis1 un cabinet d’avo-cats à Salonique qui rendit d’éminents services à la communauté en butte aux transformations imposées par le nouvel Etat grec durant cette période dadaptation difficile générée par le rattachement de la Thrace et de la Macédoine.


Par les services rendus, Yomtov Yakoël et Asher Moïssis savérèrent des personnalités de premier plan, ce qui permit à Y.Y. en particulier de devenir dès le début de loccupation allemande en avril 1941 lun des membres de la Commission Centrale, organisation quil créa lui-même comme une sorte de contre-pouvoir à l’inexpérience et à la soumission des chefs communautaires.

C’est peu après le début des déportations que Y.Y. parvint à s’enfuir à Athènes où il entreprit la rédaction de son journal resté inache puisqu’il fut arrêté par la Gestapo le 22 décembre 1943, déporté à Auschwitz, intégré à un Sonderkommando puis exécuté.

Asher Moïssis lui, réussit à s’éloigner dAthènes durant la période critique, survécut et mourut en 19752.

Le Journal de Yomtov Yacoël ne peut donc traiter que de la situation de la communauté salonicienne de 1941 à 1943. Par là même il est source essentielle dinformations sur les étapes de ce chemin vers lanéantissement.

En un grec savant et précis, il traite des conditions de vie, des relations avec les chrétiens et de lattitude de ceux-ci, notamment au matin du 25 février 1943 lorsque les Juifs, contraints pour la première fois à porter l’étoile jaune, nosent pas sortir de peur de réactions hostiles des chrétiens devant le port de ce signe distinctif. 

Au contraire, Y.Y. observe majoritairement de la sympathie plutôt que de lhostilité. Mais il étudie aussi lantisémitisme de certaines notabilités et en fournit une bonne analyse historique.

Le journal sinterrompt le 7 mars 1943. Que sait Yomtov Yacoël à ce moment du sort des déportés vers la mythique Cracovie ? F. Abatzopoulou, spécialiste reconnue du Juda-ïsme salonicien, essaie de nous éclairer sur cette question et conclut que, même si certaines rumeurs étaient parvenues à Athènes quant aux chambres à gaz et aux fours crématoires, il était si inconcevable quune telle barbarie soit possible dans lEurope du XXème siècle quon naccordait pas crédit à ces rumeurs.

 F.A. élargit également son étude à différents autres points cruciaux, tels que la responsabilité des chefs communautaires, la soi-disant passivité des Juifs face à la menace, les démarches de chrétiens pour leur venir en aide etc. Son travail de présentation complémentaire du document rédigé par Y.Y. constitue un ouvrage important et apporte une aide à la compréhension de cette question douloureuse et complexe.


Bernard Pierron
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