Con occhi di bambina (1941-1945) - Liliana Treves épouse Alcalay

 La Giuntina. Via Ricasoli 26 à 50122 Firenze 1994.

La lecture est plaisante de ce petit livre dans lequel Liliana, née en septembre 1939, raconte ses souvenirs vagissants, de bébé presque, très lucide sur l’amalgame possible entre ses propres premiers souvenirs et ce qui lui fut raconté plus tard par ses parents.

Bien qu’elle fasse débuter en 1941 le récit sur l’histoire de sa famille, qu’elle décrive attentivement ses deux grands-mères sépharades, Sarina et Ventura Agiman natives d’Istanbul, et qui se trouvaient être sœurs, leur mariage à chacune etc., l’affaire dans sa dimen-sion dramatique ne commence qu’en septembre 1943, à la fuite de Milan vers les montagnes du nord.

Mais Liliana n
ous raconte au passage sa découverte du rythme (le bruit du train entrant en gare), celle du miroir et de la petite fille qui lui fait face et bouge avec elle, découvertes que nous avons dû tous faire plus ou moins à cet âge mais dont nous ne nous souvenons plus...

La servante de l’auberge à Salsomaggiore où toute la famille a échoué, Maria Cordani - et je tiens à citer son nom - les prend en charge et les mène (ils sont douze de trois générations) dans la ferme familiale où, sans sortir pour ne pas être repérés par les fascistes, ils passeront des mois. Liliana est la plus jeune des quatre enfants et comprend mal pourquoi on ne peut bouger, pourquoi il ne faut pas parler fort, etc. Elle raconte avec beaucoup de fraîcheur son incapacité d’enfant de quatre ans à comprendre tout cela. Passent les mois, et vient la neige. Une grand-mère qu’on ensevelit dans le jardin...

La grande peur lors de la visite des deux fascistes au rez-de-chaussée de la ferme, à qui l’on offre à boire, à boire beaucoup, inter-minablement, et qui ne s’en vont plus...mais qui reviendront, à jeun !

Cette perspective certaine entraîne une nouvelle fuite vers le presbytère, dans la neige, et l’accueil de Don Ubaldo Magistrali ; la petite Liliana qui mûrit à grande allure, le départ par la montagne vers la Suisse salvatrice en février 1944, avec des partisans pour guides.

Et la séparation d’avec les siens, les Suisses répartissant les réfugiés par tranches d’âge, qui en camp, qui en collège, qui hébergés dans des familles etc.

Liliana, bien tr
aitée dans une famille et une autre ensuite, puis beaucoup moins bien par “Mesdemoiselles”, trois sœurs vieilles filles de La Tour de Peilz, qui la laissent, en février 1945, littéralement dépérir de faim, au point que le médecin de l’école sen aperçoit, et l’accusent personnellement d’avoir “tué le Christ” tout en cherchant à la convertir, ce que la fillette refuse farouchement. Liliana se sent vraiment une “grande” lorsque ses parents viennent enfin la reprendre en avril 45 et que la guerre s’achève.

Jean Carasso 
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