Actuelles : Si tu vas à Tudela

Suite du numéro précédent . 

 Les rencontres de Tudela des 5, 6 et 7 octobre annoncées dans la “Lettre Sépharade” précédente ont en fait commencés le 28 septembre. Elles furent organisées par la Municipalité de Tudela et le Gouvernement de Navarre.

Dolly Benozio, Maria David et Rachel Mitrani de Paris, ont enseigné dans les cuisines du Club 33, l’un des meilleurs restaurants de Tudela, les éléments de la gastro-nomie sépharade aux douze chefs de cuisine des plus importants établissements de la ville. A leur tour, ceux-ci ont organisé du 5 au 12 octobre la dégustation de ces plats dans leurs salles respectives.

Par ailleurs, du 5 au 20 octobre, Julio Segura1, l’archiviste de la ville, exposa de magnifiques ketuboth et des documents d’un très haut intérêt sur lancienne aljama2.

Le colloque proprement dit, sous la présidence de Juan Carrasco, fut ouvert en présence du Président de Navarre Juan Cruz Alli et du Maire de la ville, José Antonio Perez Sola.  Les interventions, toutes en espagnol, furent dune haute qualité sur le thème général du colloque : “Lumières et ombres sur le judaïsme européen, du XIème au XVIIème siècle”.  

Des spécialistes espagnols et israéliens intervinrent successivement. 


Béatrice Leroy eut loccasion de revenir sur un thème qui fit lobjet dun de ses livres : “Les Menir, une famille sépharade à travers les siècles” en présence dun repré-sentant de ladite famille, le parisien Haïm Menir, à l’origine même de ces rencontres et des projets exposés plus loin. La conclusion fut présentée par José-Luis Lacave et suivie dune table ronde sur La vie quotidienne des Juifs à Tudela et son canton, Albala3”. L’assistance fut toujours nombreuse, espagnole aussi bien qu’étrangère.

Dans la soirée du 5, un récital de chansons judéo-espagnoles obtint un grand succès, offert dans l’église Santa Maria Magdalena par Adela Rubio et Santiago Blasco, admirablement accompagnés aux violoncelle, luth et percussions4.

Le lendemain, dans la même église, fut proposé un récital de poésie juive médiévale, accompagné au luth et à la guitare, suivi avec recueillement par un public nombreux.  Lisez ce poème émouvant du célèbre Yehuda Ha-Levi, originaire de Tudela, et qui fit l’objet dune intervention durant le colloque Mi corazón está en Oriente, y yo en los confines de Occidente.

¿ Cómo encontrar gusto en los manjares y disfrutarlos ?

¿ Cómo cumplir mis votos y mis promesas, si sigue Sión bajo el poder cristiano y yo sometido a los árabes?


Sería fácil para mi abandonar todo el bien de Sefarad,

y precioso contemplar las ruinas del Santuario destruido.

 essai de traduction :

 Mon cœur se trouve en Orient, et moi aux confins de lOccident.

Comment trouver goût à manger et à en jouir ?

Comment respecter mes vœux et mes promesses si continue Sion à être sous pouvoir chrétien et moi soumis aux Arabes ?

Il serait facile pour moi d’abandonner lamour de Sefarad et agréable de contempler les ruines du Sanctuaire détruit.

 De tout cela, la presse locale, la radio et la télévision se sont fait l’écho - interventions de nos amies cuisinières, des conférenciers ; reportages, évocation des projets.

A ce propos, il semble se dessiner : pour le printemps 1995 le début de la restauration de limmeuble du Musée, calle San Julián ; pour 1996 : la tenue d’un nouveau colloque, l’inau-guration du Musée Juif, de la Plaza de la Judería et d’un buste de Benjamin de Tudèle5. 

Tous les participants se plaisent à souligner la qualité de l’atmosphère, sans aucune fausse note, et lextrême bonne volonté des pouvoirs publics locaux.

 Alain Gicquiaux
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