Actuelles : Si tu vas à Tudela... La création d’un musée juif


Les journées d’étude en Navarre du début doctobre annoncées en page 2 nous inspirent ces quelques lignes de remarques et dinformations sur le passé de Tudela et les projets en cours. 

 Il faut se remettre en mémoire que le sort de la Navarre a été très lié durant le Moyen-Age à celui de la France puisqu’après la période heureuse de Sanchez le Fort (1194-1234), elle fut gouvernée par des princes français de la Maison de Champagne (1234-1276), de la Maison dEvreux (1328-1442) puis de la Maison des Foix dAlbret (1479-1512) jusqu’à l’incorporation à la couronne de Castille. La Navarre fut même unie à la France par le biais des mariages sous Philippe le Bel.

Il en découle que le sort des juifs et des musulmans ne fut pas tout à fait semblable à celui de leurs coreligionnaires en Castille-Aragon.

Par exemple la cohabitation était généralement paisible, les musulmans étant surtout agriculteurs, réalisateurs et gestionnaires des canaux et systèmes dirrigation, ou artisans. Les juifs étaient géné-ralement citadins bénéficiant comme les chrétiens de droits de franchise favorisant le développement dactivités marchandes com-merciales et artisanales. Communautés juives et musulmanes étaient plus ou moins auto-gérées, dans un cadre assez souple.  

Au XIVème siècle, pour revenir à Tudela, on y comptait 300 familles juives vivant dans leur quartier propre, non fermé sauf dans les moments de turbulences.  

Bien que les juifs aient été expulsés durant l’é 1492 de Castille et d’Aragon, ceux de Navarre, sous le règne de Catherine de Foix et Jean III dAlbret ne furent pas inquiétés cette année-là, les pouvoirs publics leur demandant seulement de se faire petits et de rester enfermés dans leurs juderías. Le problème saggrava pourtant car les juifs navarrais accueillaient des Castillans et Aragonais expulsés, accroissant la communauté, ce que tout le monde ne voyait pas d’un bon œil.


Et finalement les juifs furent priés, entre le 7 et le 28 mars 1498, de fuir ou de se convertir. C’est cette solution quadoptèrent les plus nombreux dans tout le royaume, et lintégralité d’entre eux à Tudela, y compris les réfugiés des années précédentes de Castille ou dAragon. Malgré la perte de leurs synagogues, les communautés fermées continuèrent longtemps de vivre leur existence habituelle, libérées de quelques taxes... Quant aux musulmans de Tudela par exemple, ils ne furent pas affectés par les mesures dexpulsion, comptant 95 foyers en 1480 et tout autant en 1495 !

En fin de XVème siècle, il ny a donc plus de juifs en Navarre, et en particulier à Tudela.

 Et pourtant... quel éclat que celui de cette petite ville dans le firmament historique juif ! Cest le rabbin Benjamin de Tudela - sans doute le premier voyageur européen du Moyen-Age qui ait connu la Chine, un siècle avant Marco-Polo - qui nous a informés sur la situation de quasi toutes les communautés juives du monde durant le XIIème siècle dans son fameux “Livre des voyages” relatant sept années environ de pérégrinations (1166-1173) et denquêtes étonnantes de modernité. Ses questions étaient partout semblables : “quel est le nombre de familles juives vivant ici, quelles sont les activités pratiquées, quel est votre statut ?”.


Le regroupement des informations recueillies laisse à
 penser que le monde juif comprenait 600000 familles c’est à dire plus de deux millions et demi d’individus à l’époque.

 Et tout comme à Gérone, cest à Tudela que se rejoignent maintenant les volontés de deux individus décidés à faire revivre dune certaine manière la judería primitive.

L’un est Haïm Menir Sokkar. Ayant eu lattention attirée par lun de ses cousins désignant la Navarre comme région de leurs ancêtres communs, il sen ouvrit à Gérard Nahon qui lui présenta Béatrice Leroy travaillant à l’époque sur les Juifs médiévaux dans les archives de Navarre. Et Béatrice montra la continuité du nom à Tudela puis ailleurs depuis le XIIème siècle1.

L’autre est Perez Sola, maire de Tudela, décidé à réhabiliter ce vieux quartier juif en ruines mais toujours debout dans sa ville.

Et le maire offre à la personne morale sans but lucratif créée par Haïm Menir et quelques autres: 

Associacíon de Amigos de los Sefardíes de Tudela”2 

un immeuble du XVIème siècle situé Calle San Julian n° 3 en la judería vieja pour y aménager un muséo sefardi tentant de reconstituer la vie dune famille juive dans une maison du même quartier au XVème siècle et de rassembler pour cela de nombreux objets historiques dispersés dans le monde.

Vous autres navarrais probables : Falaquera, Del Gabay, Ben Abbas, Benveniste, Amariglio, Orabuena... et tous autres, intéressez-vous à vos origines, adhérez à l’Association et voyez comment vous pouvez aider à la réalisation de ce beau projet.

 Jean Carasso 


Je dois beaucoup, pour la documentation de cet article, à Gérard Nahon dans divers de ses travaux, et à Eloísa Ramírez Vaquero dans le très beau 2ème volume de la “Historia de Navarra” offert à notre revue par Juan Carrasco.

Comments