A Bergen-Belsen il y a cinquante ans


Pratiquement cinquante années après son séjour dans ce camp de Bergen-Belsen, Arieh Koretz a décidé de publier - en hébreu - sous le titre Journal dun adolescent” -11 juillet 1944 au 30 mars 1945 - les notes qu’il a prises durant plus de 9 mois alors quil y était interné avec son père, sa mère et sa jeune sœur. Dans nos numéros précédents, et à l’occasion dautres commentaires de livres, nous avons parlé de ce camp de concentration : situé près de Hanovre il était primitivement destiné à l’internement (et non à l’extermination) de Juifs possédant des passeports espagnols, portugais, américains du sud, voire italiens, ainsi que de personnes que les Allemands espéraient pouvoir utiliser comme monnaie d’échange, mais aussi de collaborateurs...

Ce petit livre d’une centaine de pages rédigé en grec puis traduit par l’auteur lui-même en hébreu, nous informe jour par jour des conditions de vie, de survie lorsque le nombre de prisonniers augmente, parqués en sous-camps sans communication entre eux.


Aryeh a commencé la rédaction de son journal un an après être arrivé au camp - il avait alors seize ans - et il enregistre jour après jour ses tentatives plus ou moins fructueuses pour trouver de la nourriture, la partager avec sa famille et survivre dans des conditions qui se dégradent à mesure que la population du camp s’accroît, du fait de larrivée de déportés internés plus à l’est et que les Allemands se refusent à abandonner aux Russes libérateurs. Le 1er décembre 1944, les chiffres allemands officiels mentionnent 12257 personnes. Le 13 janvier 1945 la population est passée à plus de 21000 âmes et en mars le camp renferme 45000 personnes. Durant ce mois, 20000 meurent, dont Anne Frank Les installations déjà précaires ne peuvent plus répondre aux besoins même élémentaires dune concentration aussi importante. Le froid terrible à ce moment, la sous-alimentation et les maladies qui en découlent - le typhus fait des ravages - sont à l’origine de cette énorme mortalité.

Le journal est inachevé et ne relate pas la fin du cauchemar, l’évacuation dans un “train fantôme” qui s’arrêtera à Tröbitz, la libération, puis la mort de son père du typhus, le 2 juin 19451.

Aryeh, interrogé depuis sur son silence dans son livre relativement à la tragédie de Salonique et au rôle de son propre père Grand Rabbin de la communauté, explique que là n’était pas le propos. Il prépare sans relâche un dossier sur ce dernier sujet, qui navait pas à s’intégrer à son journal du camp2.

Bernard Pierron 
Jean Carasso

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