Si tu vas à Gérone...


Plus un Juif nhabite aujourdhui àrone.

Et pourtant.... quel somptueux passé le judaïsme na-t-il pas connu en cette capitale intellectuelle et spirituelle de la Catalogne !

Il est troublant de remarquer le nombre considérable d’études et travaux récents ou en cours sur cette identité juive catalane et présentement lacharnement à essayer de reconstituer ce qui peut l’être encore1.  Examinons un par un les facteurs incitatifs, encourageants :

Tout d’abord le cadre géographique sy prête : la vieille ville juive est parfaitement circonscrite. Le cadre documentaire est également favorable : les archives diverses ne sont pas toutes dépouillées et on trouve de nouveaux documents si peu que lon cherche.

Quoi qu’il en soit, la présence juive est attestée avec certitude au 10ème siècle par un document trouvé aux archives de la cathédrale.
 
En 1160, le call Le mot catalan call désigne lespace géographique occupé par une communauté juive, et il se trouve qu’à Gérone celui-ci est bien défini sur un plan de 1160 sur lequel on superpose aisément le plan du quartier actuel. Il y a là une permanence qui incite à la recherche, la facilite en quelque sorte.

Un second facteur est d’ordre topographique : la vieille ville de Gérone, fermée de murailles dont une partie subsiste, est dominée par sa cathédrale, bien en hauteur relativement à la rivière Onyar, proche pourtant. De telle sorte que le call est en forte déclivité à partir de la Carrer Força vaguement parallèle au cours deau et horizontale elle et que, selon les habitudes des siècles passés, on rebâtissait un immeuble ancien sur les vestiges dun précédent éventuellement écroulé, particulièrement en des lieux difficiles daccès. (A noter que cette Carrer Força , ruelle de trois mètres de large, constituait déjà le tracé urbain de la voie romaine Augusta. Incroyable pérennité des hauts lieux de civilisation...)

Un quartier à la mode, ou....la ville change

Un troisième facteur incitatif est dordre sociologique et récent : ce quartier aux ruelles fort étroites et aux bâtiments élevés a vu au cours des 19ème et 20ème siècles sa population changer. Habité traditionnellement par des gens à bon revenu il y a cent ou soixante ans encore, qui se sont déplacés vers des quartiers plus modernes, mieux ensoleillés et aérés, il a vu arriver des gens plus modestes et à bas revenus, incapables même dentretenir ces immeubles défaillants. De sorte que durant les années 70 une nouvelle classe sociale faite darchitectes, de professions libérales etc. a racheté des immeubles en vue de leur réhabilitation. Ce retour vers le centre historique des villes sobserve partout en Europe dailleurs, maintenant que les moyens techniques à disposition permettent des prouesses.

 En 1975 un propriétaire, puis dautres ont commencé des fouilles en soubassement dans le quartier, dégageant des pièces non accessibles depuis des siècles. Et dans le cadre voulu, maîtrisé, d’une réhabilitation générale du quartier, la mairie acheta elle-même en 1987 un vaste immeuble dans le pâté de maison constituant le centre du call.

Et nous en venons au quatrième facteur qui montre une fois de plus quun événement est constitué souvent de la rencontre entre une circonstance et une volonté.

Quand le maire sen mêle 

La circonstance est celle brossée plus haut. La volonté est celle d’un maire de forte carrure, Joaquim (Jordi) Nadal i Farreras, professeur dHistoire en Faculté de son ancien état - ce qui ne nous étonne guère - et maire de Gérone depuis la fin du franquisme, élu à trente et un ans et réélu depuis. Jordi Nadal est très sensible au passé prestigieux de sa ville - près de cent mille habitants maintenant, plus de deux mille ans dHistoire - et fort préoccupé d’assurer son développement dans une continuité culturelle. Il a réussi à y implanter une université en 1991.
Avant d’
en venir aux découvertes actuelles et aux projets en cours, revenons sur ce qui fit la célébrité de la Gérone juive.

Il s’agit bien entendu du noyau important des cabalistes, dont le plus illustre est Moisès (Moshé) ben Nahman dit Nahmanides = Ramban, ou Bonastruc ça Porta en catalan, né sur place en 1194 et mort en Palestine en 1270.

Autour du Ramban 

Autour de lui étudient et vaquent dautres cabalistes, des poètes, des moralistes, de grands commerçants. Nahmanides se consacre à l’étude du Talmud, aux commentaires du Pentateuque et du livre de Job. Il est le représentant illustre du judaïsme local, sa réputation s’étend dans le monde juif et au delà et, après une controverse doctrinale devant le roi Jaume Ier, il est obligé, à soixante-douze ans, de s’exiler en Castille, puis en Provence, puis en Palestine où il meurt2. Son passage en Provence s’explique très bien car le groupe de Gérone était en relation constante avec Isaac el Cec, autre cabaliste, provençal celui-là, célèbre, et son groupe de Narbonne.

Tout ce monde vivant dans un espace étroit, la vie proprement culturelle - et cultuelle bien évidemment - était concentrée en la synagogue.

Les périodes de heurts succédaient aux moments de cohabitation plutôt harmonieuse, le call était ouvert ou fermé alternativement. Mais les massacres de 1391 - quarante morts - suivis de nombreuses conversions - une centaine - affaiblirent laljama.  

Trois synagogues 

Il semble quil y ait eu à Gérone trois synagogues successives au cours des siècles. La première, proche de la cathédrale, fréquentée probablement par Nahmanides (à l’empla-cement actuel du Musée dArt ) et datant de la primitive installation des juifs dans la ville.La seconde, un peu plus au sud ,fut fermée et détruite vers 1415. Et la troisième, grande, bâtie au début du 15ème siècle nous ramène à notre propos.  

Car il est fort possible qu’elle se soit située à l’emplacement même de limmeuble acquis par la mairie en 1987. On a retrouvé l’acte de vente par les conseils de laljama en 1492 au moment de lexpulsion, comportant une description détaillée des lieux : une école pour garçons, une école pour filles, les bains rituels , un hôpital. Les historiens, travaillant sur documents nen sont pas certains. Limpor-tance des fouilles en cours nen est que plus considérable3.  


Le maître des lieux 

Pour résumer dune boutade la situation actuelle, Jordi Nadal veut “ramener Ramban à Gérone”, assurer la continuité culturelle de sa ville, dont les éléments immeubles sont là.

D la création récente dune Fondation Patronat Call de Girona” liée à un réseau américain qui aide au financement, ayant pour objectifs de : 

- restaurer le call par moyens propres concernant l’immeuble acquis, et par incitation de proche en proche sur les propriétaires voisins dans le cadre dune zone daménagement concerté.

- créer un Musée historique des Juifs de Catalogne ainsi qu

- un Centre de Recherches et d’Etudes sur Nahmànides,

tout ceci dans l’immeuble dont lentrée provisoire actuelle est située Carrer Sant Llorens, appelé :

Centre Bonastruc ça Porta 

Ce Centre est présentement géré, en quotidienne collaboration avec Jordi Nadal par l’une de ses anciennes élèves dHistoire à la Faculté de Barcelone : Assumpció Hosta i Rebés dont la compétence, la motivation et l’engagement sont admirables.
 
Les travaux se poursuivent sans cesse et mettent à jour, en soubassements - la surprise viendra-t-elle de là quant à l’emplacement certain de lultime synagogue ? - des structures effondrées, représentant d’évidence des volumes habités au 15ème siècle. Et l’émulation jouant, une voisine dégage ces temps-ci une pièce encore plus basse etc.

C’est une œuvre collective stimulante, entreprise par une équipe pluridisciplinaire comprenant archéologues, historiens, spécia-listes du judaïsme, architectes et gestionnaires.
La municipalité a investi l’équivalent dun million de dollars, la Communauté Européenne et le gouvernement espagnol ont financière- ment participé.

Il sagit dun grand et beau projet, ainsi que dun geste espagnol en direction des Sépharades dispersés de par le monde. Cest à nous de montrer notre intérêt.

Demandez à Assumpció Hosta un dossier vous expliquant comment vous pouvez aider à financer. Surtout, n’hésitez pas à aller voir, si l’é vous porte dans la région : Gérone est à une demi-heure de route de Perpignan !

Patronat “Call de Girona”, Carrer Sant Llorens. E - 17004 - Girona Brèves

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