Onomastique et Histoire


 Maryse Choukroun est une petite fille Confino par son grand-père et de Toledo par sa grand-mère. Son grand-père Confino, né en Bulgarie et réfugié à Istanbul a fondé par la suite une partie des écoles de lAlliance en Perse à la fin du siècle dernier.

Maryse donc, recherchant les origines plus lointaine de ses ancêtres et de ces noms, se souvenait que son grand-père lui parlait du nord-est de lEspagne. Elle se mit à étudier lhistoire des Juifs de Catalogne, dont elle est devenue une spécialiste. Elle organise maintenant des expositions et offre des conférences sur le sujet.

Elle nous a communiqué ce texte à cheval sur Histoire et onomastique qui intéressera nos lecteurs.  

Origine espagnole, sûrement.

Origine catalane, pourquoi pas ?

Les Juifs arrivèrent dans le nord-ouest de la péninsule ibérique dès le premier siècle de notre ère. Après les Romains, ils connurent la domination successive des Celtes, des Wisigoths, des Maures, puis la reconquête par les Francs et la Chrétienté. C’est au 9ème siècle que la Catalogne fut unifiée sous forme dun comté, puis plus tard du royaume catalano-aragonais dont Barcelone restera toujours la capitale, et Gerone une aljama importante.

La Catalogne fut une des premières démocraties dEurope, avec une constitution dont certains articles concernaient explicitement les Juifs, autorisés à vivre dans villes et villages et à construire leurs synagogues.

La période la plus faste fut celle de Jacques Ier - quasi tout le 13ème siècle - où, rassemblés dans leur quartier appelé call”, ils purent accéder aux plus hautes fonctions de la société.

Leur langue vernaculaire était le catalan, et nombre dentre eux traduisirent leur nom hébreu en cette langue. Cest ainsi que des Haïm devinrent Vidal, et des Mazel-TovAstrug ou Astruc.

En fin de 14ème siècle, toute la péninsule se trouva décimée par peste (1348) et famines et le mécontentement populaire fut détourné contre les Juifs par certains ecclésiastiques, notamment l’évêque dEcija, Ferran Martinez. Dès l’é 1391, une vague de massacres déferla, partie du sud, gagnant Pyrénées et Baléares, et on estime à 50.000 le nombre des morts et à 250.000 le nombre des convertis dans tout le pays.

Les Juifs de Catalogne partirent avec les expulsés de Castille et des autres royaumes, et leur langue shomogénéisa avec celle parlée par les autres. Seuls quelques vestiges linguistiques étudiés par Haïm Vidal Sephiha témoignent dune authentique origine catalane.

Les noms propres eux, bien quayant parfois évolué, é italianisés ou écrits phoné-tiquement dans telle ou telle langue, peuvent encore parfois témoigner dune ascendance catalane. Les plus sûrs sont ceux de localités ou régions : CatalaArago ou AragonSaragossa ou TarragonaFiquèresVillanova, et surtout Rossell, qui se transformera éventuellement en Rossello ou Rossellini. Les Mayorca viennent évidemment des Baléares, et les Ghéron, ou Guéron, de Gérone, capitale spirituelle de la Catalogne. 

Les noms de métiers sont intéressants, qui diffèrent totalement du castillan : Teixedor (et non tejedor-tisseur), Peixador (et non pescador, pêcheur), Fuster (et non carpintero-charpentier), Argenter ou Argent (et non platero) ou encore Metge (et non medico-médecin), enfin Sabater, connu aussi sous la forme Sabatini.

Typiquement catalanes sont les finales en “ll” : Rossell, CastellPortell. De même, les articles en Sa porta1ou Sas portas.

Certains noms propres, tels Durán sont spécifiquement majorquins. Quelques autres patronymes peuvent venir des noms communs : Noguer-noyer ou Colomer-pigeonnier.

Souhaitons que cet aperçu donne lenvie à certains d’entre vous de rechercher eux-mêmes des racines ignorées, ajoutant un chaînon à leur lignée pour transmettre à leurs descendants !  Maryse Choukroun A propos de Caraco, patronyme évoqué dans le précédent numéro, Isacco Hazan nous rappelle quil était fort répandu à Izmir -Smyrne au début du présent siècle2.

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