Livres : Dictionnaire des noms propres


 L’éditeur nord-américain KTAV nous a fait parvenir un ouvrage de 880 pages, paru l’an dernier, auquel nous accordons une grande importance en matière de recherches généalogiques : 

Il s’agit d’un «Jewish family names & their origins, an etymological dictionary» à la réalisation duquel leurs auteurs, Heinrich et Eva Guggenheimer ont travaillé plusieurs années. 

Si, entre les deux guerres et précédemment, il avait été publié des recueils partiels, une synthèse moderne devenait nécessaire, surtout depuis l’ère de l’informatique qui a bouleversé la préparation et la mise en page de tels ouvrages. 

En effet, s’il est impensable de définir et reprendre chaque nom dans son graphisme actuel et local (par ex. Serfati, Sarfati, Serfaty, Sarfaty etc, et leur variante avec deux t, ), la mise en mémoire d’ordinateur permet beaucoup plus facilement que le travail sur fiches le renvoi à un nom directeur dont on fait dériver les autres. 

D’où un corpus de 65000 noms environ dont nombre sont regroupés sous un chef de file en quelque sorte, un nom principal. 

Le seul énoncé de ce qui précède montre d’évidence la difficulté de la tâche et l’écueil : placer une centaine de noms par page est un exploit qui relève nécessairement plus de l’annuaire que du dictionnaire !


 Ce dernier se doit d’être explicatif, et c’est dans ce domaine qu’on reste un peu sur sa faim car le présent ouvrage tient plus de l’annuaire : toute sa richesse est dans le nombre de noms cités plus que dans l’étendue de l’explication, souvent un peu succincte ! 

Prenons toutefois un exemple qui nous met sur la piste de rapprochements variés ne tombant pas toujours sous le sens: 

Soit le patronyme Daskalo, répandu àIstanbul : 

les auteurs nous le présentent au sein d’ une énumération quelque peu sèche et étourdissante à la fois....: Dascal, Daskal, Daskel, Daskol, Daszkel, (hébreu) Dascalu, Daskalo (en roumain), traduction de l’hébreu Melamed, en allemand Lehrer, en polonais Nautzizil, en russe Ucitel, Utchitel, en arabe Moalem. 

Les auteurs introduisent leur travail par un texte expliquant la formation des noms et par nombre de tableaux portant les équivalences de graphisme et de prononciation dans des langues différentes, depuis l’hébreu et l’arabe jusqu’au cyrillique, au hongrois, au turc et au polonais.

Ils citent aussi dans leur bibliographie 57 références. Mais il nous faut bien constater malheureusement que sur ce nombre, bien peu nous concernent, nous autres hispanophones généralement balkaniques. 

 Peut-être pour des raisons diverses dont l’essentielle est le manque d’ouvrages hispanophones auxquels se référer.


 La liste ne comporte qu’un ouvrage sur les noms des Juifs italiens, et un sur les noms des Juifs maghrébins : celui du rabbin Maurice Eisenbeth, publié en 1936 à Alger. L’ouvrage de Laredo sur les Juifs du Maroc n’est pas référencé. 

D’où un déséquilibre entre un flot de noms nordiques et une certaine pauvreté en noms hispaniques. Quelques erreurs relevées au passage : l’explication de Azoulay = bleu en espagnol, est un peu courte (page 49), car il est beaucoup à dire sur ce nom d’origine berbère. Sous «Alzam : l’expulsion d’Espagne en 1491 des juifs appelés aljama.» Ce mot caractérise les communautés, et n’a jamais concerné les individus. 

Il s’agit donc d’un travail méritoire non à l’abri de critiques bien entendu, mais qui fera référence.1 

Jean Carasso

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