Courrier



Le lancement dans notre numéro précédent, d’une «enquête de mémoire» sur quelques Saloniciens et Athéniens internés au camp de Bergen-Belsen, nous a valu trois lettres consistantes : 

L’une de José Salmona, de Paris, neveu d’Elie Salmona figurant dans la liste publiée, et nous offrant des informations sur la vie après le camp, de cette famille. 

Si Elie vécut jusqu’en 1982 dans la région parisienne, et Flora, son épouse, jusqu’en 1990, la petite Louli décéda dans un hôpital parisien en juin 45, à peine âgée de 12 ans, trop affaiblie par l’internement, et son frère José put reprendre des études, mais décéda prématurément en 1970. 

José joint à sa liste la copie d’un très curieux document, établi par le consulat du Portugal à Berlin le 11 juillet 1944. 

Il s’agit d’un «passeport collectif» comportant visa gratuit (!) pour 19 personnes de nationalité portugaise figurant toutes sur la liste que nous avons publiée, et les autorisant à se rendre au Portugal, sans arrêt en territoire espagnol. Cette énumération, concernant les familles Barzilaï Nino, Benveniste Elie, Benveniste Vital, Dosti Maurice, Lévy Elie, et Salmona Elie, comporte date et lieu de naissance, ainsi que la résidence avant la déportation, tous à Athènes.


 La seconde lettre, de Salomon Uziel, de Milan, précise qu’une partie des Saloniciens et Athéniens déportés de Salonique, mais de nationalité espagnole furent dirigés sur Bergen-Belsen, puis réclamés par le gouvernement espagnol, transitèrent seulement par Barcelone alors que les pouvoirs publics espagnols refusaient de les accueillir en Espagne, puis furent dirigés sur Casablanca, et de là rejoignirent Israël en 1944. 

Cette odyssée n’est pas du tout contradictoire avec celle rapportée par David Benbassat dans son livre, mais concernait d’autres personnes.


La troisième lettre, dont le contenu est fort imprévu, presque stupéfiant, nous vient de Flora Saltiel épouse Modiano, vivant à Athènes, la dernière personne citée dans notre liste. 

Pourquoi «contenu presque stupéfiant» ? Parce que Flora, contactée de notre part à Athènes par Rita Gabbaï-Simantov nous pose par écrit en un excellent français le sort ultérieur de quasi chacun des nommés dans cette liste, ce qui est proprement incroyable ! 

D’un certain nombre, Flora écrit qu’ils sont décédés, sans offrir d’autres informations sur leur éventuelle descendance. Mais pour d’autres, elle communique même des détails sur le sort de leurs descendants. De Carasso René, elle informe que sa fille Micheline, épouse Mihaël, est maintenant la présidente de la Wizo à Salonique. 

De Gattegno Albert par exemple,elle nous dit qu’il est mort à Athènes ainsi que son épouse, mais que leur fille Flora, mariée en Israël à un parisien, Perahia, en a conçu trois enfants, et que l’un de ceux-ci, Evelyne, achève en ce moment un ouvrage commencé par sa mère sur ces Saloniciens de Bergen-Belsen justement. Nous tentons d’établir un contact avec elle. 

On y apprend donc en résumé qu’un tiers de ces familles ont ultérieurement émigré vers les Amériques, peu vers Israël, quelques-unes en France, d’autres en Grèce où elles avaient précédemment vécu. 

La soeur de Flora, Rosa Joseph a fait savoir à Jean Carasso que l’Albert Carasso , cité dans la liste, ne pouvait être son père, pour des raisons évidentes d’âge. Ceci dément donc ce qui était écrit en note, page 7 de notre “LS” précédente.



L’émigration vers Naples de Saloniciens sinistrés du grand incendie d’août 1917, évoquée dans notre numéro précédent, nous a aussi valu du courrier et une proposition d’interview d’une personne qui a elle-même vécu cette émigration et connu chacun des protagonistes. C’est pourquoi nous remettons au prochain numéro la parution du dossier complet, comportant une lettre intéressante de Salomon Uziel vivant à Milan dont nous publions déjà ci-dessus les passages concernant les déportés de Salonique vers Bergen-Belsen.
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