Editorial

Nous ouvrons dans ce numéro une nouvelle rubrique, “ACTUELLES”, et il n’est pas indifférent que les premiers articles y figurant concernent Sarajevo, nous reliant à l’actualité de manière partiellement optimiste.

D’
autre part, nous publions un appel à témoignages sur ces Juifs de Salonique et dAthènes que leur passeport espagnol, portugais ou italien protégea relativement, en 1944/45, de la furie nazie.

Et cette sixième livraison débute par quelques éclaircissements sur la notion même de Sépharade.

 
Vous êtes fraternellement invités, chers lecteurs, à manifester vos critiques, encouragements s’il y a lieu, suggestions, sur tous les sujets abordés,....et tous autres que vous souhaiteriez voir traiter.

A propos de Sépharade.

Nombreux sont ceux qui, pour préciser le sens de “Juif”, distinguent “Aschkénaze” de “Sépharade”. Cette dualité n’aide pourtant ni le juif qui se cherche, ni le non-juif qui veut comprendre.

Aschkénaze et sépharade sont deux qualificatifs issus de lhistoire récente des régions sous domination ottomane. Au tournant du 19ème siècle, la politique des Capitulations menée par les grandes puissances occidentales au Moyen-Orient visait à protéger les intérêts des ressortissants non-musulmans, pratiquement chrétiens et juifs.  

Conclues en Afrique du Nord, en Tripolitaine, à Alger, à Tunis et au Maroc, à Alep en Syrie, ces Capitulations le furent aussi en Palestine. Là, après lhérésie de Sabbétaï Zvi, au 18ème siècle, des Juifs étaient venus dEurope du Nord, pays pluvieux nommé Aschkénaz depuis le Haut Moyen-Age. Au 19ème siècle, leurs descendants se considérèrent comme des résidents protégés par les puissances occidentales

Quant aux autres Juifs, présents là depuis 2000 ans, auxquels s’étaient joints les expulsés dEspagne, Sfarad en hébreu, ils étaient sujets ottomans représentés par le Grand Rabbin de Jérusalem portant le titre de Rishon-le-Zion (premier des Juifs).
Depuis trois siècles, ce rabbin était dorigine sépharade.

En 1917, le mandat britannique hérita de cette dualité qui, pour être pragmatique nen était pas moins épineuse. Une deuxième institution, aschkénaze celle-ci, fut créée, et tous les Orientaux non aschkénazes durent rejoindre les Sépharades. D la confusion sémantique qui agace et oppose le monde juif à lui-même. Car enfin, où ranger les Yéménites, les Irakiens, les Falashas, les Levantins de Palestine, les Egyptiens, les Maghrébins, les Provençaux, les Italiens, les Romaniotes, les Alsaciens...minorités dispersées mais fidèles qui offrent sa multiplicité et sa profondeur au mystère juif ?

Si le terme “aschkénaze” peut s’appliquer à des Juifs majoritaires en nombre, groupe qui s’est façonné en milieu germanique et slave, parlant surtout yiddish, le mot de Jules Isaac aide à comprendre le destin sépharade éclaté depuis cinq siècles en milieux hétérogènes : ”....la condition des Juifs varie à l’infini selon le temps et les lieux.”

Lexistence est aujourdhui contestable des deux charges de Grand Rabbin, qui entretient une fiction infondée héritée du Mandat britannique. 
Pourtant des élections dans cet esprit viennent encore davoir lieu, en mi-février 1993

Malgré cette simplification outrancière qui date du milieu du présent siècle, héritée par le Mandat britannique de la politique purement locale des Ottomans, le monde juif doit être appréhendé dans la diversité troublante de deux millénaires et demi derrance, mais aussi de rayonnement.

Toutefois, l’
objet essentiel de notre Lettre Sépharade”, distribuée pour ce sixième numéro à plus de mille exemplaires de par le monde est d’éclairer le destin sépharade, celui que nos ascendants ont partagé, avec leur langue, depuis plus de cinq cents ans.

Mireille Mazoyer Saül 
et Jean-François Renaud-Lévy



 

La palavra 

en su ora 

es de oro




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