Livres : Piraterie et commerce fructueux


Dun ouvrage de Haïm Harboun :“Au temps des bûchers”, paru chez Massoreth à 13100 Aix-en-Provence - 2bis rue de Jérusalem - en 1990, nous extrayons le document annexe suivant, exhumé par Isidore Loeb dans la Revue des Etudes Juives, volume IX, en 1884 :
Un convoi dexilés dEspagne à Marseille en 1492 :

I Procura pro communitate et carreria Iudeorum Massilie .

 En lan de lincarnation MCCCCLXXXXII, le 21 août, Salvet Teniani, maître Comprat Mossédecin, Aron Orgerii, Samuel Abram Davin de Lisbonne (Ulisbona) , Crescas Botarelli, Maître Sulham Davin Atar, médecin, Aron Donin, Bonafos Vinella, Aram Gart, Massip Bonet, Mordecaix Profach, Profaich Delpont, Ysac Tenian, Ysac de Marvéjols, Josse de Roquemartine, Juifs de la Carrière et de la communauté des Juifs de la ville de Marseille, tant en leur nom propre qu’au nom de toute la carrière et de la communauté susdite et de tous les autres Juifs de Marseille actuellement absents, dont ils promettent dobtenir la ratification à la première et simple réquisition des parties intéressées ; Ont constitué solennellement comme leurs vrais et légitimes procureurs, agents et chargés de pouvoir, pour les affaires ci-dessous, Ysac Orgerii, maître Léon Botarelli et Salves de Nîmes, Juifs, bailons de la carrière et de la communauté des Juifs de Marseille ; plus Durand Ancelhuti, Juif de la susdite ville ; lesquelles quatre personnes ensemble, et non autrement, sont autorisées à convenir, faire convention, accord et traité avec tous négociants et personnes de toute condition qui seraient disposées à se charger de racheter des mains de noble (sic) Bartholomée Iaufredi, capitaine du galion de Nice, actuellement dans le port de la présente ville, 118 personnes de Juifs que ledit capitaine a interceptées avec sondit galion armé et qu’il détient par force dans ledit galion pour avoir leur rançon (rescapitum) ; promettant lesdits Juifs de Marseille auxdits négociants qui rachèteraient ces prisonniers de nourrir ceux-ci et fournir à leurs besoins en aliments et boisson, et de garder lesdits Juifs pour qu’ils ne senfuient pas, jusqu’à ce que lesdits Juifs aient payé leur rançon et se soient libérés. Et pour garantie de lexécution de ces promesses, pourront engager lesdits Commissaires et donner en hypothèque les personnes et les biens desdits Juifs constituant cette Commission, à l’exception de la personne de Salvet Teniani, et les biens et droits desdites carrières et communauté, les hypothéquant et soumettant à toutes les cours de la Provence ; ajoutant les constituants cette condition que lesdits Commissaires engageront également en garantie leurs personnes et leurs biens.

Signé : Magister Stephanus, 
                    Roy Sabbaterius,  
                    Petrus de la Ruyera Sabbaterius 

Fait à Marseille dans la cour de la petite école ( synagogue) des Juifs, sous les treilles, in patio scole minoris et subtus trellos” .

La seconde partie du texte nous apprend que les prisonniers, hommes, femmes et enfants, étaient aragonais, interceptés dans les mers de Catalogne , et que les Juifs de Marseille empruntèrent 1500 écus à Charles Forbin pour racheter leurs co-religionnaires, s’engageant à les lui rembourser sous quatre mois, somme que Iaufredi reconnait avoir perçue.

Les prisonniers ainsi libérés restèrent à Marseille, ce qui est curieux puisque la France avait expulsé les Juifs avant l’Espagne et que pourtant les membres de la Commission formée y vivaient déjà et y entretenaient une synagogue.

La “transparence” de la transaction peut aussi surprendre. Car bien d’autres expulsés dEspagne furent pris par des Maures et les tractations de rachat seffectuaient discrètement en Afrique du Nord, d les prisonniers étaient amenés à Salonique, Constantinople ou ailleurs dans l’empire ottoman.

Mais l’on voit ici un Français vendre en Provence des malheureux quil a ramassés en mer, sans être autrement inquiété par les autorités....manière en somme facile et sans risque de gagner sa vie ! Il est vrai quon est à la fin de la guerre de Cent ans, et qu’il ny a guère encore d’autorité royale centralisée et forte! Il est en effet établi que la piraterie maritime régnait partout, mais que seuls les Juifs des diverses communautés rachetaient toujours les leurs prisonniers. Les Juifs étaient donc capturés de préférence à dautres, moins faciles à monnayer et revendus alors comme esclaves sur les marchés du Levant !

A noter par ailleurs, et sur un tout autre plan, que la plupart des noms cités ont disparu maintenant .


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