Brèves : Le Pûrim de los cristianos


Le Monde” ayant publié fin décembre 92 un article substantiel consacré au livre récemment paru de Lucette Valensi :Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois rois”, l’un de nos lecteurs a été intrigué par l’association insolite des deux vocables :”Pûrim” et “cristianos”.

Nous avons donc demandé directement à l’auteur du livre de nous éclairer tous : il n’était pour nous de meilleure source dinformation.. Et voici larticle que Lucette Valensi, de lEcole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, nous a fait aimablement parvenir :

Pûrim Sebastiano, ou Pûrim de los cristianos:

Il sagit dun Pûrim additionnel introduit par les Juifs du nord du Maroc pour célébrer et commémorer l’échec lamentable de lexpédition du roi Sébastien du Portugal en Afrique.
Partie le 24 juin 1578 de Lisbonne, cette “dernière croisade de la chrétienté méditerranéenne” (Fernand Braudel), s’était achevée le 4 août, ou 2 elul 5338, avec la très fameuse bataille des trois rois ( connue également au Portugal sous le nom de bataille dAlcácer, et en arabe sous celui de bataille de Wâd al Makhazin). Trois rois, en effet, y trouvèrent la mort : Don Sebastien de Portugal qui, disparaissant sans descendance, laissa son pays tomber sous la domination espagnole jusqu’à la restauration de 1640 ; son allié Muhammad al Mutaxakkil, prince déchu, qui périt noyé alors qu’il essayait de senfuir ; et loncle de celui-ci, Abd al Mâlik, prince de la dynastie saadienne. Proclamé sur le champ de bataille, le frère de ce dernier lui succéda sous le nom dAhmad al-Mansûr.

La megillah du Pûrim de Sebastien rapporte l’évènement en termes empruntés à la Bible, et elle célèbre la délivrance des juifs : vainqueur, Sebastien leur aurait imposé un nouvel exil ou la conversion forcée. 
Ce Pûrim était fêté par les juifs de Tanger, Tetouan, et d’une congrégation de Fès.

 
Pour en connaître plus sur la question, voir: A.I. Laredo, “Les Pûrim de Tanger”, Hespéris 35, 1948, p. 193-203.
Lucette Valensi, “Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois rois”, au Seuil 1992, p. 107-117.

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